Quelques mises à jour

inconnu-message-aux-internautesChères lectrices, chers lecteurs,

Le temps me manque ces derniers temps pour accorder à ce site toute l’attention que je souhaiterais, mais j’ai quand même fait quelques mises à jour qui, je l’espère, sauront vous plaire.

D’une part, les documentaires «Being the Brontës», «The Brilliant Brontë Sisters» et «In Brontë Footsteps: Tracy Chevalier visits Wycoller», tous produits en 2016, ont été ajoutés à la page Vidéos. J’ai également mis à jour l’article «Le vrai visage de Charlotte ?» avec une légère modification du portrait et l’ajout d’un dessin original de Charlotte Brontë. Les Mood Boards ont été intégrés dans les pages «Anne Brontë», «Charlotte Brontë» (en construction) et «Emily Brontë» (en construction). J’ai également créé une nouvelle page regroupant mes petites créations de portraits des sœurs Brontë. La fonctionnalité de certains hyperliens a également été améliorée.

À bientôt !

Louise Sanfaçon

Recréation du portrait de groupe dit «au fusil » pour le tournage de «To Walk Invisible»

© James Fortune-Clubb
© James Fortune-Clubb

Le 23 janvier 2017, James Fortune-Clubb a publié sur Facebook (page «I love Haworth and the Brontë Parsonage) une photographie qui m’a particulièrement interressée : une reconstitution d’un portrait disparu des Brontë dans le cadre du téléfilm produit par la BBC en 2016 «To Walk Invisible». Cette photo fut prise lors de la conférence de la Société Brontë «Building the Brontës», offerte le 21 janvier par Grant Montgomery, responsable des décors de «To Walk Invisible».

Le portrait de groupe dit «au fusil» fut peint par Branwell Brontë vers 1833-1834. Peu après 1861, soit environ six ans après le décès de son épouse Charlotte (en 1855), Arthur Bell Nicholls détruisit le tableau sous prétexte qu’il n’était pas ressemblant. Il conserva seulement un fragment, soit le portrait d’Emily Brontë, qui lui sembla sans doute plus fidèle au modèle. Le veuf emporta en Irlande ce fragment, de même que le portrait des Brontë dit «à la colonne» datant de la même époque. Ces tableaux ne furent retrouvés qu’en 1914, après sa mort, pliés au-dessus d’une armoire.

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Emily par Branwell Brontë (portrait de groupe dit «au fusil» c.1833) – National Portrait Gallery, Londres, Angleterre.

Heureusement, avant la destruction du tableau par Arthur Bell Nicholls, l’ami de la famille Brontë (et papetier d’Haworth) John Greenwood réalisa un calque des portraits à partir du tableau original.

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De gauche à droite, Anne, Charlotte et Emily Brontë, calques de John Greenwood, d’après le tableau original de Branwell Brontë.

Pendant de nombreuses années, ces calques, de même qu’une gravure de 1879, furent les seuls vestiges de ce tableau détruit…

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Reconstitution du portrait de groupe dit «au fusil», gravure, 1879. De gauche à droite : Anne, Charlotte, Branwell et Emily Brontë.

…jusqu’à ce qu’en 1989 une photographie du tableau fut retrouvée, réalisée à partir d’un daguerréotype datant de la période 1858-1861.

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Aussi fascinante que puisse être la reconstitution de ce tableau, réalisé par l’artiste Timna Woollard pour la production de «To Walk Invisible», elle comporte malgré tout une erreur* importante.

© Timna Woollard - Reconstitution du portrait de groupe dit «au fusil» par «To Walk Invisible» 2016. De gauche à droite : Emily (Chloe Pirrie), Charlotte (Finn Atkins), Branwell (Adam Nagaitis) et Anne (Charlie Murphy).
© Timna Woollard – Reconstitution du portrait de groupe dit «au fusil» par «To Walk Invisible» 2016. De gauche à droite : Emily (Chloe Pirrie), Charlotte (Finn Atkins), Branwell (Adam Nagaitis) et Anne (Charlie Murphy).

En effet, Emily et Anne ont été interverties dans cette reconstitution ! J’ai du mal à m’expliquer ce choix, étant donné le grand soucis d’authenticité qui fut apporté à la production de «To Walk Invisible», et d’autant plus que le fragment représentant Emily est assez célèbre. Quoi qu’il en soit, cette reconstitution demeure fascinante puisqu’il ne reste que très peu de portraits des sœurs Brontë.

*MISE À JOUR DU 26 JANVIER 2017 : le commentaire de Cristina indique qu’il ne s’agit pas d’un erreur de la production de «To Walk Invisible», mais un choix délibéré en référence à une théorie qui circule depuis quelques décennies, à l’effet que le fragment rescapé du portrait de groupe dit «au fusil» serait en fait le portrait d’Anne et non celui d’Emily. Bien que, pour ma part, je crois que ce fragment restitue le portrait d’Emily, le menton en retrait d’Anne n’y étant pas représenté de façon convaincante selon moi, il est intéressant de se poser la question quant au véritable modèle de ce portrait, a fortiori au regard du témoignage de l’amie d’enfance de Charlotte, Ellen Nussey, qui indique qu’Emily et Anne se ressemblaient beaucoup.

Les repentirs du peintre

Anne, Emily et Charlotte, peintes par Branwell, 1834.
Anne, Emily et Charlotte, peintes par Branwell, 1834.

À l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Charlotte Brontë en 2016, la National Portrait Gallery de Londres a procédé à différentes analyses sur le portrait des trois sœurs Brontë, dit «à la colonne», réalisé par leur frère Branwell en 1834. Malgré le fait que ce soit une œuvre de jeunesse sans grande qualité picturale, il s’agit encore de l’image officielle représentant les trois écrivaines du XIXe siècle.

En 2011, j’ai déjà évoqué l’histoire de cette œuvre dans l’article «L’étrange histoire d’un tableau», mais cette fois-ci, je souhaite explorer la version de la toile avant les modifications du peintre (qu’on appelle communément «repentirs») soit : l’ajout de la colonne au centre et l’ajout de la table au premier plan.

Je ne connais pas les conclusions auxquelles ont abouti les spécialistes de la National Portrait Gallery avec leurs puissants outils d’analyse ; pour ma part je n’avais accès qu’à un examen visuel de la reproduction du tableau, format affiche (achetée à la boutique du Musée Brontë en 2010), ce qui limite considérablement la validité de mes conclusions. Heureusement, ces repentirs du peintre ont été réalisés avec une maîtrise technique défaillante, ce qui, avec les années, a fini par révéler peu à peu ce qui se cachait en-dessous, de plus en plus visible à l’œil nu pour les visiteurs de la National Portrait Gallery.

02 Situation du repentir dans le tableau

Le premier repentir qui m’a toujours frappée comme une énorme incongruité dans le tableau est la table avec les livres, en avant plan. D’une part, Anne (à gauche) semble tenir la table bien inconfortablement entre ses hanches et son bras ; Charlotte, à gauche, plonge étrangement la main sous un livre dont l’inclinaison est en sens inverse de sa main, plutôt que de poser sa main dessus ; le prolongement du contour de la jupe d’Emily, au milieu du tableau, est également visible derrière la table. Si ce dernier défaut est occasionné par la transparence graduelle du repentir, les deux autres constituent des erreurs de perspective flagrantes.

Ces ajouts semblent avoir été fait avec beaucoup de nonchalance et de maladresse. Même si certains croient que ces repentirs sont du fait de Charlotte et non de Branwell (pendant l’année 1834, Charlotte et Branwell prennent tous les deux des leçons de peinture auprès de l’artiste de Leeds William Robinson, Charlotte avait donc les compétences pour faire ces ajouts) je crois plutôt qu’ils sont de l’auteur du tableau, qui expérimentait avec l’équilibre de sa composition, en perdant visiblement de plus en plus d’intérêt pour son sujet à mesure que l’œuvre progressait. Je crois également que le rendu des mains des trois sœurs, avant qu’elles soient cachées par cette table, posait problème pour le jeune artiste, qui a finalement préféré les camoufler.

Finalement, en suivant les lignes des bras de même que les contours émergeants sous le repentir, nous voyons apparaître plutôt une composition ou les trois sœurs joignent leurs mains :

04 Portrait à la colonne première version mains jointes

 

En ce qui concerne le repentir de la colonne au centre de la composition, il recouvre de toute évidence le portrait de Branwell Brontë. En décembre 2015, The Telegraph publiait un article révélant que les experts de la National Portrait Gallery étaient convaincus que la colonne avait été ajoutée tout de suite après que Branwell ait esquissé son portrait sur le tableau, sans même avoir pris le temps de commencer à peindre ses traits. Il s’agit donc d’une décision artistique au début de la réalisation de l’œuvre, plutôt que d’un geste d’effacement volontaire a posteriori.

Quoiqu’il en soit, l’objectif de la National Portrait Gallery en 2016 est de reconstituer le portrait de Branwell à partir de ces lignes dessinées sous la colonne peinte. On peut d’ailleurs déjà voir clairement l’œil gauche du modèle, sa bouche (assez semblable à celle de son père Patrick Brontë) et l’arrête de son long nez apparaître sous la couche de peinture délavée.

05 Diptyque BranwellÀ défaut de connaître à ce jour la reconstitution du portrait de Branwell par la National Portrait Gallery, je m’attarderai à une hypothèse du collectionneur d’art James Gorin von Grozny, qui prétend qu’un dessin de William Henry Hunt (Tate Gallery) pourrait être une représentation de Branwell Brontë. J’intègre donc ce portrait de Branwell à la version du tableau final «pré-repentirs». N’est-ce pas un tableau plus émouvant ainsi ?

06 Portrait à la colonne branwell mains jointes

À voir, une autre analyse fort intéressante concernant ce tableau par Emily Ross, dans son blogue The Brontë Link.

2016

Portrait en sépia (2)

Emily, Charlotte et Anne Brontë devant le presbytère d’Haworth (collage combinant une photographie du décor du film «To Walk Invisible» et une photographie de Domowa Kostiumologia de 2014) © Louise Sanfaçon
Emily, Charlotte et Anne Brontë devant le presbytère d’Haworth (collage combinant une photographie du décor du film «To Walk Invisible» et une photographie de Domowa Kostiumologia de 2014) © Louise Sanfaçon

D’autres créations en sépia dans mon article précédent Portraits en sépia (1)

2016

Le vrai visage de Charlotte ?

Charlotte Brontë par George Richmond, c.1850 / Charlotte Brontë par Louise Sanfaçon 2015 – d’après le portrait de Richmond, respectant les descriptions de Charlotte par ses contemporains : «front exceptionnellement proéminant, grands yeux expressifs, bouche large, tordue et affaissée en raison de nombreuses dents manquantes, grand nez, menton carré, tête qui donne l’impression d’être trop grande par rapport au corps.»
Charlotte Brontë par George Richmond, c.1850 / Charlotte Brontë par Louise Sanfaçon 2015 – d’après le portrait de Richmond, respectant les descriptions de Charlotte par ses contemporains : «front exceptionnellement proéminant, grands yeux expressifs, bouche large, tordue et affaissée en raison de nombreuses dents manquantes, grand nez, menton carré, tête qui donne l’impression d’être trop grande par rapport au corps.» Mise à jour janvier 2017

Lorsque le portrait de Charlotte Brontë, réalisé par l’artiste George Richmond, fut publié en frontispice de sa biographie en 1857, soit deux ans après sa mort à l’âge de trente-huit ans, il a attiré quelques commentaires acrimonieux de son ancienne amie Mary Taylor : «Je ne suis pas du tout favorable à l’idée de publier un portrait qui embellisse ses traits.» a-t-elle répliqué à la biographe Elizabeth Gaskell.  «J’aurais de loin préféré voir le vrai visage de Charlotte, avec les yeux et la bouche plus rapprochés, de même que son menton carré et son grand nez disproportionné

Mary Taylor n’était pas la seule personne à avoir remarqué le peu d’attrait qu’offrait l’apparence réelle de Charlotte Brontë. Elizabeth Gaskell avait d’ailleurs écrit qu’elle était «ordinaire et menue, avec une bouche tordue et un grand nez», ajoutant en privé qu’elle arborait également  «un visage rougeâtre, une grande bouche avec plusieurs dents manquantes, de même qu’un front proéminant et en surplomb. » L’éditeur George Smith avait lui-même été tellement impressionné par les proportions du front de Charlotte Brontë, qu’il l’emmena voir un phrénologue en 1851 pour qu’il soit analysé. Smith avait par ailleurs une opinion peu flatteuse des charmes physiques de Charlotte, affirmant que «sa tête semblait trop grande par rapport à son corps et que son visage était désavantagé par la forme tordue de la bouche et un teint brouillé».

Après sa rencontre avec l’auteure de Jane Eyre, le célèbre écrivain anglais William Thackeray affirma pour sa part que Charlotte Brontë avait un «visage avenant mais sans aucune beauté», tandis que sa fille Anne évoqua l’attitude défensive et quelque peu désagréable de leur invitée : «Je me souviens qu’elle fronçait les sourcils à chaque fois que je la regardais.»

Bien que ces jugements soient peu flatteurs, tous s’accordaient pour dire que Charlotte arborait tout de même une caractéristique exceptionnelle : de grands yeux brillants, avec un regard lumineux et pénétrant.

De ces descriptions, nous pourrions donc conclure que Charlotte Brontë avait un front particulièrement proéminant, de grands yeux expressifs, une bouche large mais affaissée en raison de nombreuses dents manquantes, de même qu’un grand nez (comme son père, dont elle disait qu’ils se ressemblaient tous les deux). Le portrait «embellissant» de Richmond évoque d’ailleurs, bien que de façon très discrète, ces caractéristiques.

Extrait de : THE TIMES (Literary supplement) | par Claire Harman

MISE À JOUR JANVIER 2017 :

Avec le recul, je constate que ma première version modifiée du portrait de Richmond s’avérait sans aucun doute un peu trop accentuée au regard des descriptions de Charlotte, surtout quand à la dimension de sa tête. Elle demeurait cependant moins cruelle que ce croquis que Charlotte fit d’elle-même, où elle se représente presque naine avec une tête disproportionnée (figurant nettement son menton carré et son front proéminant), en train de saluer une gracieuse Ellen Nussey rejoignant son prétendant :

Dessin de Charlotte Brontë, 1843.
Dessin de Charlotte Brontë, 1843.

Nouveau portrait de Charlotte Brontë

Portrait de Charlotte Brontë par George Richmond (1850) / par Charlotte Brontë (1843)
Portrait de Charlotte Brontë par George Richmond (1850) / par Charlotte Brontë (1843)

Ce croquis de la tête d’une femme (à droite), dessiné par Charlotte Brontë en 1843 dans l’un de ses livres scolaires (Russell’s General Atlas of Modern Geography), avait tout d’abord été identifié comme une élève du pensionnat Héger à Bruxelles.  Les experts affirment aujourd’hui qu’il s’agit plutôt d’un autoportrait de l’auteure du roman Jane Eyre.

Charlotte Brontë aurait dessiné cet autoportrait en se regardant dans un miroir, quatre ans avant d’écrire Jane Eyre. Il est intéressant de noter que l’héroïne du roman réalise un dessin d’elle-même de la même façon.

Malgré la petite taille de ce croquis – à peine 1,5 pouces de haut – les traits du visage ressemblent beaucoup à ceux du portrait officiel de Charlotte réalisé par George Richmond en 1850 (à gauche).

The Guardian

Portraits en sépia (1)

© Louise Sanfaçon
Anne, Charlotte et Emily Brontë devant le presbytère d’Haworth (collage combinant le tableau de Branwell Brontë de 1834, une photographie du presbytère de 1856 et une photographie de Domowa Kostiumologia de 2014) © Louise Sanfaçon

Si l’invention de la photographie en 1839 fut contemporaine des sœurs Brontë, nous ne connaissons aucune photographie de ces auteures. Heureusement, grâce au talent artistique des Brontë et à la vigilance de leurs admirateurs, quelques rarissimes dessins et peintures nous présentant leurs portraits sont parvenus jusqu’à nous.

La postérité aura puisé à ces maigres sources pour tenter de recréer des représentations des sœurs Brontë, plus à même de témoigner de leur univers singulier. Voici mon humble contribution à ces créations, dans un style graphique rappelant la sérigraphie.

© Louise Sanfaçon
Charlotte Brontë (collage combinant une variante du portrait de George Richmond et une gravure de William Jackman) © Louise Sanfaçon
Charlotte Brontë (collage combinant le portrait de J. H. Thompson et un tableau de Barend Cornelis Koekkoek) © Louise Sanfaçon
Charlotte Brontë (collage combinant le portrait de J. H. Thompson et un tableau de Barend Cornelis Koekkoek) © Louise Sanfaçon
Emily Brontë (collage combinant le tableau de Branwell Brontë de 1834, et une photographie de Bakken) © Louise Sanfaçon
Emily Brontë (collage combinant le tableau de Branwell Brontë de 1834, et une photographie de Bakken) © Louise Sanfaçon
Emily Brontë (collage combinant l’un des deux seuls portraits de l’auteure par son frère Branwell datant de 1833, une photographie d’Abigail Atelier avec la pierre tombale d’Heathcliff et un tableau de John William Inchbold de 1854 représentant la lande) © Louise Sanfaçon
Emily Brontë (collage combinant l’un des deux seuls portraits de l’auteure par son frère Branwell datant de 1833, une photographie d’Abigail Atelier avec la pierre tombale d’Heathcliff et un tableau de John William Inchbold de 1854 représentant la lande) © Louise Sanfaçon
Anne Brontë (collage combinant un portrait de l’auteure datant de 1833 réalisé par Charlotte et une illustration de Russ Docken) © Louise Sanfaçon
Anne Brontë (collage combinant un portrait de l’auteure datant de 1833 réalisé par Charlotte et une illustration de Russ Docken) © Louise Sanfaçon
Anne Brontë (collage combinant un portrait de l’auteure datant de 1833 réalisé par Charlotte et une illustration d’un artiste inconnu) © Louise Sanfaçon
Anne Brontë (collage combinant un portrait de l’auteure datant de 1833 réalisé par Charlotte et une illustration d’un artiste inconnu) © Louise Sanfaçon
© Louise Sanfaçon
© Louise Sanfaçon