Isabelle Adjani et «Les Hauts de Hurlevent»

Isabelle Adjani dans le film «L’histoire d’Adèle H.» de François Truffaut, 1975

Voici une petite anecdote qu’il est amusant de rappeler à l’occasion de l’année du bicentenaire de la naissance d’Emily Brontë.

En 1979, le cinéaste français André Téchiné lançait sont film Les sœurs Brontë, avec les célèbres actrices Marie-France Pisier (Charlotte Brontë), Isabelle Hupert (Anne Brontë) et Isabelle Adjani (Emily Brontë), déjà une icône dans le monde du spectacle grâce à ses interprétations à la Comédie-Française. Dans le film de Téchiné, «…l’impressionnante prestation d’Isabelle Adjani, campant Emily comme une sauvageonne tourmentée et irascible, suggère que la romancière a conçu les héroïnes aussi entières qu’instables des Hauts de Hurlevent comme ses évidents alter ego littérairesDVD Classik

Si cette thèse permettait à Téchiné de donner au personnage d’Emily Brontë une texture émotionnelle riche, complexe et profonde (palliant ainsi à la maigre documentation au sujet de sa vie et de son caractère), la mystérieuse Isabelle Adjani lui a insufflé toute l’intensité dramatique qu’on lui connait.

Le film de Téchiné n’était d’ailleurs pas le premier contact entre Isabelle Adjani et Emily Brontë. En effet, au milieu des années 70,  François Truffaut invita la jeune actrice à incarner l’une des filles de Victor Hugo dans son nouveau film L’Histoire d’Adèle H. La jeune Adjani ne se sentant pas prête pour ce rôle, elle refusa catégoriquement la proposition de Truffaut. Ce cinéaste de légende n’ayant pas l’habitude de se faire dire «non», il insiste, insiste et insiste encore. Dans son puissant arsenal pour convaincre Adjani, Truffaut offre à la jeune actrice ni plus ni moins qu’un exemplaire (édition originale s’il-vous-plaît) des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë… Voici comment Adjani nous raconte cet épisode dans une entrevue pour  Le Mag Cinéma :

« Truffaut est le premier à m’avoir enseigné à ne pas avoir de culpabilité par rapport à la facilité des choses. Il avait beaucoup insisté pour que j’interprète Adèle. Je n’avais pas envie à l’époque de quitter le Français, je me trouvais trop jeune pour le rôle, je lui disais : « Prenez donc Glenda Jackson ! » Il me répondait : « Mais c’est moi qui décide pour mon film, mademoiselle ! » Il m’a adressé tant de lettres dans le HLM de Gennevilliers où je vivais avec mes parents, envoyé tant de fleurs, et cette édition originale des Hauts de Hurlevent, que je n’ai pu résister ! »

Il est vrai que l’érotomanie délirante du personnage d’Adèle Hugo, sa fixation obsessionnelle sur l’être aimé, n’est pas sans rappeler le personnage d’Heathcliff des Hauts de Hurlevent. Truffaut s’en est donc peut-être inspiré. Cependant, dans la cas d’Adèle, la vengeance se retourne uniquement contre elle, alors qu’Heathcliff réussi à faire souffrir tout le monde autour de lui, en plus de lui-même.

Quoi qu’il en soit, Adjani donna aux personnages d’Adèle et d’Emily Brontë, mystérieusement liées par Les Hauts de Hurlevent, une troublante violence tellurique qui, dans le premier cas, se répand à l’écran en un volcan destructeur,  alors que dans l’autre elle demeure une tension contenue, maîtrisée, bien que pleine de grondements lointains et lugubres.

Le rôle d’Adèle H., nourri des Hauts de Hurlevent,  aura ainsi valu à Adjani le prix Catalina de Oro de la meilleure actrice du Festival international du film de Carthagène en 1976, de même qu’une nomination aux Oscars et au César pour le prix de la meilleure actrice, puis, quelques années plus tard, le rôle d’Emily Brontë dans le film de Téchiné.

Nouvelle édition en français des écrits des sœurs Brontë

© Éditions de l’Archipel

Une nouvelle collection en français des écrits des sœurs Brontë fut lancée en avril dernier, aux Éditions de l’Archipel. Si vous les achetez tous, vous recevrez Le professeur de Charlotte Brontë en cadeau ! Je souligne le graphisme coquet de cette collection de poche, qui utilise un portrait en silhouette (le même pour les trois autrices) avec une palette de couleurs attrayantes. Je me demande par ailleurs si les traductions proposées dans cette nouvelle collection s’avèrent supérieures à celles des trois tomes de la collection «Bouquins» publiés par les Éditions Robert Laffont au début des années 90 (réédités au début des années 2000)… Qu’en pensez-vous ?

Le groupe Éditions de l’Archipel est une maison d’édition française créée en 1991 par Jean-Daniel Belfond, qui regroupe : les éditions Presses du Châtelet, l’Archipel, Écriture et Archipoche.

Agnès Grey par Anne Brontë
Traduction : Ch. Romey, A. Rolet
ISBN:  9782377351374

La Dame du manoir de Wildfell Hall par  Anne Brontë
Traduction  : Henry Fagne
ISBN: 9782377351381

Jane Eyre par Charlotte Brontë
Traduction : Emmanuel Dazin
ISBN: 9782377351336

Shirley par Charlotte Brontë
Traduction : Joseph Vilar
ISBN: 9782377351343

Villette par Charlotte Brontë
Traduction : Gaston Baccara
ISBN:  9782377351350

Les Hauts de Hurlevent par Emily Brontë
Traduction : Frédéric Delebecque
ISBN: 9782377351367

Bonne lecture !

Rovina Cai

Je viens tout juste de découvrir la série d’illustrations de Rovina Cai au sujet du roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Ces illustrations figurent dans le très beau livre de collection Wuthering Heights, édité en anglais par The Folio Society, avec une introduction de Patti Smith. Le roman comporte 352 pages avec les huit illustrations en couleurs de Cai. Un très beau cadeau à s’offrir pour relire le chef-d’œuvre de la plus énigmatique des sœurs Brontë ! Lire la suite de « Rovina Cai »

Nouveau film «Les Hauts de Hurlevent»

Le roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë fait actuellement l’objet d’une nouvelle adaptation cinématographique par les productions Three Hedgehogs Films, avec Nina Elisaveta Abrahall à la réalisation. La première devrait avoir lieu le 31 décembre 2016. Il s’agit d’un film à petit budget (£100,000) qui prévoit rester le plus fidèle possible au roman d’Emily Brontë.  Lire la suite de « Nouveau film «Les Hauts de Hurlevent» »

Le masque

Le révérend Patrick Brontë écrivit un jour à la biographe de Charlotte Brontë, Elizabeth Gaskell, afin de lui raconter une anecdote survenue pendant l’enfance de ses célèbres filles, vers 1824. Patrick encouragea ses enfants à s’exprimer en utilisant… un masque. Nous n’avons pas de détail sur la manière exacte dont l’interrogatoire s’est déroulé, ni sur le masque lui-même. Les érudits cherchent encore aujourd’hui à tirer de ce curieux témoignage une signification qui pourrait nous révéler quelques secrets au sujet de l’enfance des sœurs Brontë. Lire la suite de « Le masque »

Noël chez les Brontë

Comment les sœurs Brontë fêtaient-elles Noël ? La réponse est simple : nous ne le savons pas. Nous pouvons concevoir qu’aller à l’église le 25 décembre était bien sûr obligatoire pour les filles du révérend Patrick Brontë. Mais encore ? L’experte mondiale des Brontë, Dr Juliet Barker, mentionne que la volumineuse correspondance des célèbres écrivaines ne comporte que de très rares mentions concernant la Fête de Noël. L’une d’elles, datée de 1854, évoque Charlotte et son mari distribuant de l’argent auprès de paroissiens démunis. Lire la suite de « Noël chez les Brontë »

«Dégothiser» Les Hauts de Hurlevent

Même si, dans Les Hauts de Hurlevent, nous retrouvons parfois de violents orages sur la lande de même que quelques scènes de chiens féroces, de fantômes et de cimetières, l’ensemble du roman n’est pas vraiment gothique ; il nous parle plutôt de drames familiaux en couvrant deux générations de personnages. Je ne suis donc pas en accord avec la «gothisation» de Wuthering Heights, encore moins avec sa «Twilightisation» récente. Lire la suite de « «Dégothiser» Les Hauts de Hurlevent »

L’origine irlandaise des Brontë

Selon les témoignages d’époque, les sœurs Brontë parlaient avec un fort accent irlandais, tout comme leur père. En effet, Patrick Brontë était né en Irlande, à Drumballyroney dans le comté de Down, le 17 mars 1777. La langue, les mythes et les contes celtes qu’il racontait à ses enfants, ont profondément marqué Charlotte, Anne et Emily. Le nom même de la  famille Brontë puise ses origines jusqu’au clan irlandais Ó Pronntaigh, anglicisé plus tard en «Prunty» ou «Brunty», que Patrick a finalement orthographié en «Brontë». Lire la suite de « L’origine irlandaise des Brontë »

Paysages intérieurs d’Emily Brontë

Dans Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, le romantisme mystique s’exprime avec une telle force qu’il ne peut laisser personne indifférent. L’omniprésence de la nature et du paysage, rudes et primitifs, tourmentés par les vents, y devient une puissante métaphore de l’événement intérieur et des tourments de l’âme des personnages. J’ai lu plusieurs fois Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, dans l’espoir de l’aimer un jour. Peine perdue ! L’incroyable climat de violence qui traverse tout le roman (violence physique et verbale, harcèlement psychologique, manipulation, cruauté…) m’indispose royalement Lire la suite de « Paysages intérieurs d’Emily Brontë »

Tabby, fidèle servante de la famille Brontë

En 1824, à l’âge de 53 ans, Tabitha Aykroyd fut embauchée par la famille Brontë à titre de cuisinière et de femme de ménage. Elle commença son service dans un bien triste moment, juste avant que les petites Maria et Elizabeth Brontë fussent rapatriées d’urgence du pensionnant de Cowan Bridge, où elles avaient contracté une tuberculose qui allait les emporter quelques mois plus tard. Maria, l’épouse de Patrick Brontë, était morte depuis trois ans au moment  de l’entrée en fonction de Tabitha au presbytère. Lire la suite de « Tabby, fidèle servante de la famille Brontë »