Le vrai visage de Charlotte ?

Charlotte Brontë par George Richmond, c.1850 / Charlotte Brontë par Louise Sanfaçon 2015 – d’après le portrait de Richmond, respectant les descriptions de Charlotte par ses contemporains : «front exceptionnellement proéminant, grands yeux expressifs, bouche large, tordue et affaissée en raison de nombreuses dents manquantes, grand nez, menton carré, tête qui donne l’impression d’être trop grande par rapport au corps.»
Charlotte Brontë par George Richmond, c.1850 / Charlotte Brontë par Louise Sanfaçon 2015 – d’après le portrait de Richmond, respectant les descriptions de Charlotte par ses contemporains : «front exceptionnellement proéminant, grands yeux expressifs, bouche large, tordue et affaissée en raison de nombreuses dents manquantes, grand nez, menton carré, tête qui donne l’impression d’être trop grande par rapport au corps.» Mise à jour janvier 2017

Lorsque le portrait de Charlotte Brontë, réalisé par l’artiste George Richmond, fut publié en frontispice de sa biographie en 1857, soit deux ans après sa mort à l’âge de trente-huit ans, il a attiré quelques commentaires acrimonieux de son ancienne amie Mary Taylor : «Je ne suis pas du tout favorable à l’idée de publier un portrait qui embellisse ses traits.» a-t-elle répliqué à la biographe Elizabeth Gaskell.  «J’aurais de loin préféré voir le vrai visage de Charlotte, avec les yeux et la bouche plus rapprochés, de même que son menton carré et son grand nez disproportionné

Mary Taylor n’était pas la seule personne à avoir remarqué le peu d’attrait qu’offrait l’apparence réelle de Charlotte Brontë. Elizabeth Gaskell avait d’ailleurs écrit qu’elle était «ordinaire et menue, avec une bouche tordue et un grand nez», ajoutant en privé qu’elle arborait également  «un visage rougeâtre, une grande bouche avec plusieurs dents manquantes, de même qu’un front proéminant et en surplomb. » L’éditeur George Smith avait lui-même été tellement impressionné par les proportions du front de Charlotte Brontë, qu’il l’emmena voir un phrénologue en 1851 pour qu’il soit analysé. Smith avait par ailleurs une opinion peu flatteuse des charmes physiques de Charlotte, affirmant que «sa tête semblait trop grande par rapport à son corps et que son visage était désavantagé par la forme tordue de la bouche et un teint brouillé».

Après sa rencontre avec l’auteure de Jane Eyre, le célèbre écrivain anglais William Thackeray affirma pour sa part que Charlotte Brontë avait un «visage avenant mais sans aucune beauté», tandis que sa fille Anne évoqua l’attitude défensive et quelque peu désagréable de leur invitée : «Je me souviens qu’elle fronçait les sourcils à chaque fois que je la regardais.»

Bien que ces jugements soient peu flatteurs, tous s’accordaient pour dire que Charlotte arborait tout de même une caractéristique exceptionnelle : de grands yeux brillants, avec un regard lumineux et pénétrant.

De ces descriptions, nous pourrions donc conclure que Charlotte Brontë avait un front particulièrement proéminant, de grands yeux expressifs, une bouche large mais affaissée en raison de nombreuses dents manquantes, de même qu’un grand nez (comme son père, dont elle disait qu’ils se ressemblaient tous les deux). Le portrait «embellissant» de Richmond évoque d’ailleurs, bien que de façon très discrète, ces caractéristiques.

Extrait de : THE TIMES (Literary supplement) | par Claire Harman

MISE À JOUR JANVIER 2017 :

Avec le recul, je constate que ma première version modifiée du portrait de Richmond s’avérait sans aucun doute un peu trop accentuée au regard des descriptions de Charlotte, surtout quand à la dimension de sa tête. Elle demeurait cependant moins cruelle que ce croquis que Charlotte fit d’elle-même, où elle se représente presque naine avec une tête disproportionnée (figurant nettement son menton carré et son front proéminant), en train de saluer une gracieuse Ellen Nussey rejoignant son prétendant :

Dessin de Charlotte Brontë, 1843.
Dessin de Charlotte Brontë, 1843.

Variations sur un portrait de Charlotte Brontë

Si la découverte récente de deux nouveaux portraits présumés d’Emily Brontë demeure assez douteuse, il existe heureusement quelques portraits des célèbres écrivaines d’Haworth dont on est absolument certains, à la fois en ce qui concerne le sujet et l’auteur.

C’est le cas entre autres du portrait de Charlotte réalisé par George Richmond en 1850. L’éditeur de Jane Eyre, George Murray Smith de Smith, Elder & Co, fit une commande au célèbre portraitiste pour réaliser ce dessin de Charlotte, alors qu’elle était de passage à Londres.

Charlotte Brontë par George Richmond, 1850.

Charlotte était sans doute réticente quant à la réalisation de ce portrait, car elle était consciente de son apparence peu flatteuse. De plus, la séance de pose devait se dérouler le lendemain d’une rencontre particulièrement difficile avec l’un de ses écrivains préférés, William Makepeace Thackeray. Selon certains témoignages d’époque, Charlotte est arrivée au studio de Richmond anxieuse et les nerfs à fleur de peau. Elle éclata en sanglots lorsqu’elle vit le portrait terminé, en déclarant qu’il « ressemblait tellement à Anne », sa sœur cadette, la beauté de la famille. Il est vrai que la pose choisie par Richmond gommait la ligne forte et carrée du menton de Charlotte, que l’artiste avait délibérément rehaussé la noblesse du front proéminent et le regard intense de l’écrivaine, tout en réduisant la taille de son long nez et de sa bouche où il manquait quelques dents… bref, il l’avait embellie, comme l’aurait fait tout portraitiste de l’époque quand il s’agissait d’immortaliser les trait d’un génie.

Lorsqu’il vit le portrait de sa fille, Patrick Brontë  déclara pour sa part que l’artiste l’avait trop vieillie mais que l’expression du visage était tout à fait juste. Tabitha Aykroyd (Tabby), la fidèle servante des Brontë depuis tant d’années, fut la seule à ne trouver aucune qualité à ce portrait, arguant que Richmond avait beaucoup trop vieilli son modèle et que de toute façon, ce portrait ne ressemblait pas du tout à Charlotte.

Trop belle ou trop vieille, avec la bonne expression ou sans aucune ressemblance avec Charlotte, le portrait de Richmond a néanmoins servi à représenter officiellement l’écrivaine jusqu’à aujourd’hui. Avant les avancés de la photographie et de l’imprimerie, les éditeurs successifs des romans de Charlotte Brontë devaient commander à des graveurs des copies inspirées du portrait original réalisé par Richmond, pour les frontispices de leurs livres ou pour illustrer un article de magazine.

Frontispice d’une édition de « Jane Eyre » – Novel Insights (WordPress).

Ces copies ont engendré toutes sortes de variantes dans les traits de Charlotte au fil du temps, alors que certains graveurs, n’ayant pas accès au dessin de Richmond, réalisaient tout bonnement des copies de copies. Voici donc quelques exemples de ces variations. Certaines sont subtiles, d’autres assez étonnantes.

Charlotte Brontë, portrait attribué à George Richmond, 1850.
Charlotte Brontë, gravure par James Charles Armytage d’après le dessin original de George Richmond.
Charlotte Brontë, gravure d'après le dessin original de George Richmond. Kirklees Museums and Galleries; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Charlotte Brontë, gravure d’après le dessin original de George Richmond. Kirklees Museums and Galleries; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Charlotte Brontë, gravure par un artiste inconnu, probablement d’après la gravure de James Charles Armytage.
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs par un artiste inconnu, probablement d’après la gravure de James Charles Armytage.
Charlotte Brontë, par un artiste inconnu.
Charlotte Brontë, gravure par artiste inconnu.
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs d’Evert Augustus Duyckinck, 1873.
Charlotte Brontë par un artiste inconnu © Getty images
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs de William Jackman. Photo: Barbara Cushing/Everett Collection.
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs de William Jackman. Photo: Barbara Cushing/Everett Collection.
Charlotte Brontë par un artiste inconnu, magazine « Life », 1er janvier 1900.
Charlotte Brontë par Charles Edmund Brock (1870-1938).
Timbre commémoratif Charlotte Brontë, 1980 © Barbara Brown
Charlotte Brontë © Gregory Manchess
Charlotte Brontë © Gregory Manchess
Charlotte Brontë © Virginie Cuvelier. Bronte Parsonage Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Charlotte Brontë © Virginie Cuvelier. Bronte Parsonage Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Un autre portrait officiel de Charlotte semble s’inspirer du dessin de Richmond. Il s’agit du portrait réalisé après la mort de l’auteure anglaise par John Hunter Thompson. Cet ami de Branwell, du temps de ses études d’art à Bradford, avait connu Charlotte de son vivant. Même si la pose du sujet est inversée par rapport à l’original de Richmond, on voit nettement l’influence de ce dernier.

Portrait posthume de Charlotte par J. H.Thompson.