Poème d’Anne Brontë «Musique le matin de Noël»

«La musique, je l’aime — mais jamais accords ne parvinrent à susciter ravissements aussi divins, à apaiser ainsi le chagrin, à surmonter ainsi la peine, et à réveiller ce cœur pensif qui est le mien, — comme ceux que nous entendons le matin de Noël, charriés par la brise hivernales. Lire la suite de « Poème d’Anne Brontë «Musique le matin de Noël» »

Poème d’Emily Brontë « La nuit autour de moi »

Top Withens © Elliot Young
Top Withens © Elliot Young

La nuit autour de moi se fait plus obscure,

Les vents sauvages soufflent, plus froids,

Mais un charme tout puissant me lie,

Et partir, partir, je ne le peux.

Les arbres géants abaissent

Leurs branches nues, pesantes de neige,

Et la tempête va grande erre,

Et cependant je ne puis partir.

Nuages au-delà, nuages au-dessus de moi,

Solitudes au-delà, solitudes plus bas,

Mais nulle désolation ne peut m’émouvoir,

Je ne veux pas, je ne peux pas partir.

Emily Brontë, novembre 1837

Poème d’Emily Brontë « Froid dans la terre »

© Abigail Ateliers (DeviantArt)

 

Froid dans la terre – et un lourd amas de neige posé sur toi
Loin, loin emporté, froid dans la lugubre tombe !
Ai-je oublié, mon unique Amour, de t’aimer,
Toi de moi enfin désuni par la vague du Temps que tout désunit ?

Ah ! Dans ma solitude, mes pensées ne volent-elles plus, flottant
Au-dessus des montagnes sur ces rivages nordiques,
Reposant leurs ailes là où bruyères et fougères feuillues
À jamais recouvrent ton noble cœur, à tout jamais ?

Froid dans la terre — et quinze décembres farouches
De ces brunes collines descendus, se sont dissouts en printemps :
Fidèle en vérité est l’âme qui se souvient
Après de telles années d’étrangeté et de souffrance !

Doux Amour de jeunesse, pardonne si je t’oublie,
Tandis que m’emporte la marée de ce monde :
D’autres désirs m’assaillent, et bien d’autres espoirs
Espoirs qui t’assombrissent, mais si impuissants à te nuire !

Aucune lumière n’est plus venue illuminer mon firmament,
Pas de seconde aurore n’a plus brillé pour moi ;
Le bonheur de ma vie, tout entier de ta chère vie me fut offert
Ce bonheur de ma vie, tout entier c’est avec toi qu’il gît.

Mais quand eurent péri les jours du rêve doré,
Que même le Désespoir fut impuissant à détruire ;
Alors j’ai appris comment chérir l’existence,
Plus forte encore, et nourrie sans le secours de la joie.

Alors j’ai retenu les larmes de l’inutile passion –
J’ai sevré ma jeune âme du manque de ton âme ;
Sévère, j’ai refusé son ardent désir de vite s’engloutir
Dans cette tombe déjà plus que mienne.

Et à cet instant, encore, je n’ose l’abandonner à la langueur,
Je n’ose m’abandonner à l’exquise douleur du souvenir,
Moi qui autrefois m’abreuvais de cette angoisse divine,
Comment pourrais-je rechercher encore le néant de ce monde ?

Emily Brontë, 1846.

Poèmes d’Emily Brontë « Fragments »

Top Withens © Craig (DeviantArt)

 

1. C’était l’un de ces sombres jours ennuagés

Qui traversent parfois la flambée de l’été,

Où du ciel rien ne tombe, où la terre est tranquille

Et d’un vert plus profond se revêt la colline.

 

2. Deux arbres dans un champ désert

Me chuchotent un sortilège :

Lugubre est le secret que leur sombre ramure

Agite avec solennité.

 

3. Qu’est-ce que la fumée sans relâche qui roule

Là-bas sur la pente fauve de la colline ?

 

4. Comme elle regardait, les nuages de fer

S’écartant, le soleil brilla dans l’intervalle,

Mais lugubrement étrange, et pâle et froid.

 

5. Il ne jettera plus d’éclat,

Sa triste course est achevée :

J’ai vu, du froid soleil brillant,

S’abîmer la lueur dernière.

 

6. Ancien manoir d’Elbë, maintenant en ruine, solitaire,

Maison où la voix de la vie jamais plus ne s’en reviendra,

Salles sans couvert, désolées, où croissent la ronce et le lierre,

Fenêtres aux cintres brisés où les vents de nuit mènent deuil,

Demeure des défunts, des défunts d’un temps révolu.

 ∞

Emily Brontë, juin 1838, traduction Pierre Leyris, éditions Gallimard, 1963

Poème d’Emily Brontë « Je fais peu de cas des richesses »

Cathy (Wuthering Heights) © Superszajs (DeviantArt)

 

Je fais peu de cas des richesses

Et je me moque de l’amour ;

L’appel de la gloire n’était qu’un rêve

Évanoui au lever du jour

 

 

Et si je prie, la seule prière

Qui remue mes lèvres pour moi,

C’est : « Laisse le cœur que je porte

Et donne-moi la liberté. »

 

 

Alors que mes jours en fuite se rapprochent de leur but

Oui, c’est là tout ce que j’implore :

À travers la vie et la mort, une âme sans chaînes

Et le courage d’endurer.

Emily Brontë, 1er mars 1841, traduction Louise Sanfaçon

Poème d’Emily Brontë « À l’Imagination »

Autoportrait en Emily Brontë © Sarah Walden (Flickr)

 

Lorsque, lassée du long souci du jour

Et ballottée de peine en peine

Je suis perdue, prête à désespérer,

Ta bonne voix de nouveau me rappelle.

Ô ma fidèle amie, comment serais-je seule

Tant que tu peux parler sur pareil ton ?

 

Le monde du dehors est si vide d’espoir

Que m’est deux fois précieux le monde du dedans,

Ce tien monde où jamais ne règnent ruse et haine

Non plus que doute et froid soupçon ;

Où toi et moi et la Liberté,

Exerçons souveraineté indiscutée.

 

Qu’importe que, de toutes parts,

Le Péril, le Péché, la Ténèbre nous pressent

Si nous gardons ancré au fond de notre cœur

Un brillant ciel immaculé,

Chaud des mille rayons mêlés

De soleils qui jamais ne connaissent l’hiver ?

 

La Raison peut souvent se plaindre en vérité

Du triste train de la Nature,

Et révéler au cœur souffrant combien ses rêves

Sont voués à demeurer vains ;

Et la Réalité peut piétiner, brutale,

Les fleurs de l’Imagination à peine écloses.

 

Mais tu es toujours là pour ramener

Les visions latentes, pour parer

Le printemps dépouillé de nouvelles splendeurs

Et tirer de la mort une vie plus exquise,

Évoquant d’un souffle divin

De vrais mondes aussi lumineux que le tien.

 

Je ne crois guère en ta félicité fantôme,

Mais à l’heure apaisée du soir,

C’est toujours, oui, toujours avec reconnaissance

Que je te vois venir, ô bienfaisant pouvoir,

Infaillible consolatrice

Et quand l’espoir se meurt, plus radieux espoir.

 ∞

Emily Brontë, 3 septembre 1844, traduction Pierre Leyris, éditions Gallimard, 1963

Poème d’Emily Brontë « Je marcherai… »

© PhatPuppy

 

Je marcherai – non pas le long des anciennes voies héroïques,

Non pas en suivant les sentiers de la haute moralité,

Ni davantage en cheminant parmi les formes nébuleuses,

Les visages entr’aperçus de l’histoire des temps passés.

 

Je marcherai là seulement où ma propre nature me mène

–  N’ayant aucune inclination à faire choix d’un autre guide –

Là où pâturent les troupeaux gris dans la fougère des vallons,

Là où les sauvages rafales balaient le versant des montages.

 

Qu’on-t-elles donc de si précieux, ces montages, à révéler ?

Plus de splendeur et de douleur que je ne saurais le décrire :

La terre qui, fût-ce en un seul cœur, éveille le don de sentir,

En elle-même peut enclore les mondes du Ciel et de l’Enfer.

Emily Brontë, Strophes, non daté, traduction Pierre Leyris, éditions Gallimard, 1963

Hivers brontëens (2) – Poèmes

© Lynn Marie Cunliffe

« Viens-t-en avec moi

Il n’est plus que toi

Dont mon cœur se puisse réjouir ;

Nous aimions par les nuits d’hiver

Errer dans la neige :

Si nous renouvelions ces vieux plaisirs ? »

Emily Brontë, 1844

Musée Brontë, vu du jardin.

« Silencieuse est la maison — tous sont plongés dans le sommeil ;

Un seul regarde, solitaire, au-delà des neiges profondes »

Emily Brontë, 1845

Musée Brontë, vu du cimetière.

« Transi dans la terre et sur toi cet amas de neige profonde !

Loin, loin de tout atteinte et transi dans la morne tombe !

Ai-je donc oublié, mon Unique Amour, de t’aimer,

Séparée à jamais d’avec toi par la vague du Temps ? »

Emily Brontë, 1845

© Lynn Marie Cunliffe

« Les vents soupirent comme tu soupires,

Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin

Là où gisent les feuilles d’automne. »

Emily Brontë, 1839

Nord de l’Angleterre © FreeFoto.com

« Ce n’est que le gel qui éclaircit l’air, et donne au ciel ce ravissant bleu ; ils sourient sous un soleil d’hiver, ces persistans aux sombres teintes.

Et le frisson de l’hiver est sur son cœur. —

Comment puis-je rêver de félicité future ? Comment mon esprit peut-il prendre son essor, confiné par une chaîne telle que celle-ci ? »

Anne Brontë, poème non daté

Église St. Michael & All Angels,  Haworth.

« Le jour est à son terme, le soleil

Se couche dans son morne ciel »

Emily Brontë, 1844

« La lune est pleine en cette nuit d’hiver,

Les étoiles sont rares, mais claires,

Et à chaque fenêtre on voit briller

Des feuilles de rosée gelée. »

Emily Brontë, 1844

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Voyez également mon article précédent « Hivers brontëen (1) » relatant l’histoire des hivers d’Angleterre à l’époque des Brontë.