Relecture de «Villette», le chef-d’œuvre méconnu de Charlotte Brontë (3)

Après la mort de Miss Marchmont, Lucy Snowe, 23 ans, sans ressource, ne sait trop où porter son destin. Un soir, traversant de nuit la campagne solitaire et déserte, sous la seule lumière des étoiles, l’héroïne de Villette vit une aurore boréale. Cet autre phénomène atmosphérique lui donna cette fois l’impulsion d’aller là où dansait l’aurore : au nord, à Londres.

Londres, Fleet Street, avec une vue de Ludgate Hill et de la cathédrale Saint-Paul, par Jules Arnout, c 1850.
Londres, Fleet Street, avec une vue de Ludgate Hill et de la cathédrale Saint-Paul, par Jules Arnout, c 1850.

Arrivée dans cette grande Babylone du XIXe siècle, Lucy Snowe fait d’abord face à la dure réalité de sa situation, des plus précaire : «J’avais tenu bon jusqu’alors mais (…) je me sentis soudain terriblement déprimée. » p. 469

Le lendemain (1er mars), ragaillardie par une bonne nuit de sommeil, Lucy part explorer Londres (la cathédrale Saint-Paul, la Cité, le West-End).

«À peine éveillée, je sautai du lit et ouvris les rideaux : déjà levé, le soleil s’efforçait de percer le brouillard. Au-dessus de ma tête, au-dessus des toits des maisons qui étaient presque au niveau des nuages, j’aperçus une masse sphérique, imposante, d’un bleu foncé – le dôme (de Saint-Paul). Et tandis que je le contemplais, tout mon être frémit ; mon ardeur secoua ses ailes trop longtemps enchaînées, les déploya à moitié ; et moi, qui n’avais jamais vraiment vécu jusqu’ici, j’eus soudain la sensation que j’allais enfin goûter à la vie : à cet instant, mon âme prit conscience d’elle-même.» p. 470

Si l’auteure Charlotte Brontë a effectivement visité Londres plusieurs fois dans sa vie et nous décrit ici l’une de ses visites avec enthousiasme, son récit de la traversé de la manche vers le Continent s’avère une narration détaillée et pittoresque de cette aventure qu’elle a véritablement vécue lorsqu’elle partit étudier à Bruxelles.

Durant la traversée, son héroïne Lucy Snowe apprend d’une compagne de voyage (Miss Ginevra Fanshawe) que certaines des écoles pour jeunes filles de Labassecour (Belgique) cherchent des anglaises pour enseigner la langue de Shakespeare. Lucy décide donc de tenter sa chance avec ce type d’emploi, plus précisément à Villette (Bruxelles) dont lui a parlé Miss Fanshawe.

Dans la réalité, c’est une amie de Charlotte Brontë, Mary Taylor, qui lui avait parlé du pensionnat de Mme Héger à Bruxelles. En effet, en 1841 Mary et Martha Taylor séjournent à Bruxelles au Château de Kockleberg. Les lettres enthousiastes que Mary écrit à Charlotte au sujet de Bruxelles enflamment l’esprit de cette dernière.

Avec ses deux sœurs, Charlotte élabore alors le projet de fonder une école pour jeunes filles à Haworth. Pour rendre ce projet possible, Charlotte et Emily doivent perfectionner leurs connaissances, plus particulièrement les langues et la musique. Le 8 février 1842, Charlotte (26 ans) et Emily (24 ans), accompagnées de leur père Patrick et des Taylor, visitent donc Londres avant de s’embarquer pour Bruxelles.

Ils s’installèrent au Chapter Coffee House dans la Cité près de Saint-Paul, sur Paternoster Row, que décrit également Charlotte dans Villette. Cependant, ce sont principalement les détails de son deuxième voyage à Londres en 1843, alors qu’elle retourne seule au pensionnat Héger, qui font l’objet de la narration dans Villette.

Source : Villette, Charlotte Brontë, traduction Gaston Baccara, édition Robert Laffont 1990.

2016

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