Relecture de «Villette», le chef-d’œuvre méconnu de Charlotte Brontë (1)

En l’honneur du 200e anniversaire de la naissance de l’auteure Charlotte Brontë en 2016, je replonge dans son émouvant roman Villette, publié en 1853. Lors de ma première lecture de ce récit il y a quelques années, j’en ressorti complètement pantoise, me demandant comment un si formidable roman (meilleur même que Jane Eyre, osais-je penser) pouvait rester si peu connu et reconnu ?

Rédigé alors que la mort venait d’emporter Branwell, Emily et Anne Brontë, Villette s’offre comme une glorieuse contrepartie au premier roman de Charlotte Brontë Le professeur, qui fut constamment refusé par les éditeurs du vivant de l’auteure. Tout comme Le professeur, Villette s’inspire des expériences de Charlotte Brontë lors de ses études à Bruxelles en Belgique, mais cette fois, Charlotte inversa les rôles au lieu de se cacher derrière un masque masculin, atteignant un degré d’authenticité inégalé.

Écrit au «je» comme pour le roman Jane Eyre, Villette campe d’abord un décor rassurant, avec une jolie maison dans une petite ville proprette et tranquille, Bretton, où l’héroïne du roman, Lucy Snowe (14 ans), reçoit un accueil des plus chaleureux chez sa marraine Mrs Bretton. «Pour moi, le temps s’écoulait toujours bien calmement chez ma marraine ; non pas avec une vitesse déchaînée, mais doucement, tel le glissement d’une rivière à travers une plaine. (…) j’aimais tant la paix et tenais si peu à être stimulée par un incident quelconque que, lorsqu’il advint, je le considérai plutôt comme une perturbation et regrettai presque qu’il se fût produit.»

Carl Vilhelm Holsoe
Carl Vilhelm Holsoe

Cette perturbation dont il est question concerne l’arrivée inattendue du personnage de Paulina (Polly) Home, une enfant de 6 ans réservée, fascinante et fière, «une étrange et élégante petite créature», orpheline de mère et dont le père absent est écossais. Je n’étais pas sans penser à la jeune Emily Brontë en lisant certaines scènes à son sujet, entre autres lorsqu’on y décrit sa nostalgie de sa maison et de son père : «Elle en paraissait vieillie, loin de ce monde (…) chaque fois que j’ouvrais la porte d’une chambre et trouvais l’enfant assise seule dans un coin, la tête appuyée sur sa main minuscule, cette chambre ne semblait non pas habitée, mais hantée

Plutôt que de nouer des liens avec l’héroïne Lucy Snowe ou Mrs Bretton, Paulina s’attachera à un autre personnage, le jeune Graham Bretton, adolescent de 16 à la toison rousse, qui n’hésite pas à taquiner gentiment la petite Polly dès qu’il en a l’occasion. Il évoque à certains moments le jeune Branwell Brontë.

Nous savons par le fameux interrogatoire au masque (voir l’article «Le masque») des enfants Brontë par leur père Patrick, que Branwell pouvait être taquin et qu’Emily a eu son mot à dire quant à la correction à apporter face à ce genre de comportements. Charlotte a-t-elle puisé à ses souvenirs d’enfance au sujet d’Emily et de Branwell pour ces passages entre Paulina et Graham? Elle rend ses personnages si vivants dans ses descriptions et dialogues, sans aucun doute que l’utilisation de souvenirs, tout autant que l’imagination, aura contribué à l’extraordinaire richesse des premiers chapitres de ce roman, qui précèdent l’arrivée de l’héroïne dans la ville de Villette.

Source : Villette, Charlotte Brontë, traduction Gaston Baccara, édition Robert Laffont 1990.

2016

 

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