Haworth au temps des Brontë

Haworth au XIXe siècle
Haworth au XIXe siècle

La compréhension de la vie et de l’œuvre des sœurs Brontë prend une signification particulière lorsqu’on les superpose à l’environnement du XIXe siècle où elles ont vécu. C’était Haworth, un village dans le West Riding dans le Yorkshire (Angleterre), accroché à un flanc de la chaîne des montagnes Pennine. Autour de la pente raide de la petite rue principale, les maisons isolées, toutes construites avec une pierre sombre typique des carrières locales, surgissaient ici et là parmi de vastes étendus de collines, recouvertes de bruyère et balayées par les vents.

Haworth c1890
Haworth c1890

Le sol y était pauvre et peu propice à la culture. La région fut plutôt le centre névralgique du textile pendant près de 500 ans. En 1820, lorsque la famille Brontë vint s’installer dans le presbytère du village, la mécanisation avait amorcé une profonde transformation de cette industrie locale. Plusieurs tisserands (qui utilisaient des métiers manuels dans leurs maisons)  organisèrent la résistance face à l’introduction de ces machines qui menaçaient leur gagne-pain et leur indépendance. Surnommés les Luddites, ils allèrent jusqu’à attaquer les nouvelles manufactures qui se multipliaient dans la vallée.

Église d'Haworth c1860
Église d’Haworth c1860

À l’époque des Brontë, le village d’Haworth  ne présentait  pas l’allure pittoresque et coquette qu’il arbore aujourd’hui. Pratiquement sans arbres, insalubre et surpeuplé, il ne possédait pour tout système d’égout qu’un simple ruisseau coulant à ciel ouvert dans la rue principale. Le cimetière, devant le presbytère en surplomb du village, était mal irrigué et trop rempli, répandant ses émanations fétides et contaminant l’approvisionnement d’eau en aval. Le révérend Patrick Brontë avait fort à faire pour soutenir ses paroissiens, accablés par les maladies et la mort en raison de ces conditions de vie malsaines.

Haworth, Presbytère et maison des Brontë en1856
Haworth, Presbytère et maison des Brontë en1856

Les célèbres écrivaines n’étaient que des enfants à leur arrivée à Haworth : Charlotte, quatre ans ; Emily, deux ans ; Anne, née depuis quelques mois. Pour les enfants Brontë, le beau presbytère devait représenter un véritable refuge au cœur de ce triste environnement. À prime abord austère, la nouvelle maison des Brontë présentait un intérieur lumineux, avec des murs peints d’un bleu-gris pâle. C’était la dernière maison du village, la plus proche de la lande. «Mon humble demeure ne peut qu’être sans attrait pour des étrangers ; cependant, nulle part ailleurs au monde je ne pourrais trouver la profonde, l’intense affection qu’éprouvent les uns pour les autres un frère et des sœurs dont l’esprit a été formé dans le même moule, dont les pensées viennent de la même source, liés étroitement depuis l’enfance sans que la moindre querelle les ait jamais désunis.» Lettre de Charlotte Bronte à Ellen Nussey, 1841.

Rue d'Haworth vers 1870
Rue d’Haworth vers 1870

Les sœurs Brontë vécurent dans ce lieu toute leur vie, à l’exception de quelques séjours ailleurs en Angleterre et en Belgique, dans le cadre de leurs études ou de leurs professions d’institutrice et de gouvernante. La famille se fit quelques rares amis au village, dont John Greenwood, un cardeur de laine qui, en raison de sa santé fragile, abandonna ce métier pour devenir papetier. Les sœurs Brontë furent des clientes assidues, bien que l’écriture de leurs romans et de leurs poèmes demeura un secret bien gardé de tous, même au moment de leur publication sous les pseudonymes Currer, Ellis et Acton Bell. Elles n’avaient pas du tout prévu que le roman de Charlotte, Jane Eyre, connaîtrait une célébrité aussi fulgurante et soudaine. Peu à peu, la renommée de Jane Eyre et des autres romans de Charlotte éveilla l’intérêt du public et de nombreux curieux commencèrent à affluer à Haworth. La rumeur courait en effet que la fille du pasteur du village n’était nul autre que l’auteure de ces écrits controversés, au grand déplaisir de Charlotte. «Toutes sortes de gens ont commencé de se rendre ventre à terre à Haworth en prétextant une mission érudite qui consisterait à venir voir les paysages décrits dans Jane Eyre et Shirley… mais la rudesse de nos collines et notre voisinage sans raffinement constitueront, à n’en pas douter, une barrière suffisante à la récurrence de telles visites». Lettre de Charlotte Brontë à Ellen Nussey, 1850.

Ancienne carte postale d'Haworth
Ancienne carte postale d’Haworth

Quoi qu’il en soit, la publication de Jane Eye amorça «l’éclosion du tourisme culturel dans le village d’Haworth. La mort de Charlotte en 1855 précipita le phénomène. La famille Brontë était pour ainsi dire devenue propriété publique». (Haworth et les sœurs Brontë : attraits culturels et développements économiques par Laurence Matthewman).

Ancienne carte postale du Musée Brontë montrant le sofa sur lequel Emily aurait rendu son dernier souffle.
Ancienne carte postale du Musée Brontë montrant le sofa sur lequel Emily aurait rendu son dernier souffle.

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