Les filles de Jane (4) : Hélène

Couverture Jane le renard et moi« Impossible de se promener aujourd’hui ». C’est avec cette première phrase, empruntée au roman Jane Eyre de Charlotte Brontë, que s’ouvre l’émouvante bande dessinée Jane, le renard et moi d’Isabelle Arsenault (illustratrice) et Fanny Britt (auteure et traductrice), parue cet automne aux éditions La Pastèque.

L’histoire de Jane, le renard et moi se déploie comme un extrait du journal intime d’Hélène, une adolescente d’aujourd’hui victime d’intimidation à l’école. En référence au roman de Charlotte Brontë, Hélène emprunte son prénom à Helen Burns, la jeune amie de Jane Eyre qui décède tragiquement de la tuberculose dans les premiers chapitres du roman.

Tout en nuances de gris, les illustrations au crayon graphite de Jane, le renard et moi évoquent l’univers solitaire et déprimé d’Hélène. «Je trouvais que les esquisses au crayon à mine, avec leur côté sale et terne, allaient bien avec la fragilité de quelqu’un qui n’a pas encore déterminé sa place dans la vie » expliquait Isabelle Arsenault en entrevue pour le Journal La Presse.

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012
© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

Hélène, au-delà des insultes et de la méchanceté de ses camarades de classe, trouve du réconfort et un espace où elle peu respirer librement dans le roman de Charlotte Brontë, dont les extraits sont illustrés par des pages en couleurs dans l’œuvre d’Arsenault et Britt. Jane donne du courage à Hélène, car l’héroïne de la romancière victorienne a connu elle aussi les affres de l’intimidation et de la violence verbale dans son enfance. Elle aussi se trouvait laide et ordinaire,  mais elle a su se faire un chemin dans la vie et trouver l’affection et l’amour.

Hélène apporte son roman Jane Eyre lors d’une redoutable sortie d’immersion anglaise organisée par l’école dans un camp de vacances. Si les insultes et l’ostracisme de ses camarades se poursuivent de plus belle, une série d’événements inattendus, dont la rencontre d’un attendrissant renard, transforme positivement la vie d’Hélène et brise son isolement.

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012
© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

Jane, le renard et moi  parle « de l’expérience humaine de l’enfance, du moment d’éclatement où la perte de l’innocence coïncide avec la quête identitaire, du désir d’invalider le regard que portent les autres sur nous. » L’illustratrice Isabelle Arsenault a d’ailleurs volontairement fait d’Hélène un personnage visuellement neutre. «Nous ne voulions pas tronquer la lecture. Parce que, dans le cas de l’intimidation, au-delà du jugement des autres, se trouve la perception que nous avons de nous-mêmes» expliquait Fanny Britt dans une entrevue pour le Journal de Montréal.

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012
© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

L’auteure n’a pas hésité à révéler également que Jane, le renard et moi était une œuvre autobiographique. Tout comme le roman  Jane Eyre, sous-titré par Charlotte Brontë « une autobiographie », la bande dessinée puise littéralement dans l’expérience de l’auteure. Et tout comme Jane Eyre, ce témoignage sincère, pudique et sans artifice, ancré dans des souvenirs douloureux, parvient à toucher profondément tous ceux et celles qui ont connu la violence et l’intimidation dans leur jeunesse.

« C’est une histoire que je porte depuis vingt-cinq ans. Jane Eyre était pour moi un modèle d’indépendance. J’y vois un discours féministe de la part de Charlotte Brontë, qui parle d’un accomplissement en dehors de l’apparence. Mon roman raconte l’histoire d’un dur apprentissage, de trouver sa voix, une force, un courage. L’héroïne, comme moi, le trouve dans la littérature, qui m’a aidée à me projeter dans le grand monde. » confiait l’auteure à la revue Le Libraire.

Isabelle Arsenault et Fanny Britt
Isabelle Arsenault et Fanny Britt

Fanny Britt est originaire d’Amos en Abitibi et a grandi à Montréal. Après sa sortie de l’École nationale de théâtre du Canada en écriture dramatique, en 2001, elle se met à la traduction et à l’écriture. Elle a également fait plusieurs incursions dans le théâtre jeune public.

Isabelle Arsenault est une illustratrice formée en Design graphique à l’Université du Québec à Montréal (2001). En 2004, elle illustre son premier livre pour enfants Le coeur de Monsieur Gauguin qui remporte le prestigieux Prix du Gouverneur général dans la catégorie « illustration jeunesse de langue française ». Elle a également été finaliste à deux reprises pour les Prix GG avec My Letter to the World et Migrant et finaliste en 2011 pour le prix Marilyn Baillie pour Spork. Son livre Migrant se retrouvait parmi la liste des 10 meilleurs livres illustrés de l’année 2011 du New York Times.  En 2012, elle remporte son deuxième Prix Littéraire du Gouverneur Général pour les illustrations du livre Virginia Wolf ainsi que le Prix jeunesse des libraires du Québec pour Fourchon.

La Pastèque est une maison d’édition québécoise, mise sur pied par Frédéric Gauthier et Martin Brault en 1998. Plus de 100 titres ont été publiés à ce jour. Jane, le renard et moi connaîtra une diffusion dans la sphère anglophone, grâce à une entente signée entre l’éditeur québécois La Pastèque et Groundwood Books

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