Variations sur un portrait de Charlotte Brontë

Si la découverte récente de deux nouveaux portraits présumés d’Emily Brontë demeure assez douteuse, il existe heureusement quelques portraits des célèbres écrivaines d’Haworth dont on est absolument certains, à la fois en ce qui concerne le sujet et l’auteur.

C’est le cas entre autres du portrait de Charlotte réalisé par George Richmond en 1850. L’éditeur de Jane Eyre, George Murray Smith de Smith, Elder & Co, fit une commande au célèbre portraitiste pour réaliser ce dessin de Charlotte, alors qu’elle était de passage à Londres.

Charlotte Brontë par George Richmond, 1850.

Charlotte était sans doute réticente quant à la réalisation de ce portrait, car elle était consciente de son apparence peu flatteuse. De plus, la séance de pose devait se dérouler le lendemain d’une rencontre particulièrement difficile avec l’un de ses écrivains préférés, William Makepeace Thackeray. Selon certains témoignages d’époque, Charlotte est arrivée au studio de Richmond anxieuse et les nerfs à fleur de peau. Elle éclata en sanglots lorsqu’elle vit le portrait terminé, en déclarant qu’il « ressemblait tellement à Anne », sa sœur cadette, la beauté de la famille. Il est vrai que la pose choisie par Richmond gommait la ligne forte et carrée du menton de Charlotte, que l’artiste avait délibérément rehaussé la noblesse du front proéminent et le regard intense de l’écrivaine, tout en réduisant la taille de son long nez et de sa bouche où il manquait quelques dents… bref, il l’avait embellie, comme l’aurait fait tout portraitiste de l’époque quand il s’agissait d’immortaliser les trait d’un génie.

Lorsqu’il vit le portrait de sa fille, Patrick Brontë  déclara pour sa part que l’artiste l’avait trop vieillie mais que l’expression du visage était tout à fait juste. Tabitha Aykroyd (Tabby), la fidèle servante des Brontë depuis tant d’années, fut la seule à ne trouver aucune qualité à ce portrait, arguant que Richmond avait beaucoup trop vieilli son modèle et que de toute façon, ce portrait ne ressemblait pas du tout à Charlotte.

Trop belle ou trop vieille, avec la bonne expression ou sans aucune ressemblance avec Charlotte, le portrait de Richmond a néanmoins servi à représenter officiellement l’écrivaine jusqu’à aujourd’hui. Avant les avancés de la photographie et de l’imprimerie, les éditeurs successifs des romans de Charlotte Brontë devaient commander à des graveurs des copies inspirées du portrait original réalisé par Richmond, pour les frontispices de leurs livres ou pour illustrer un article de magazine.

Frontispice d’une édition de « Jane Eyre » – Novel Insights (WordPress).

Ces copies ont engendré toutes sortes de variantes dans les traits de Charlotte au fil du temps, alors que certains graveurs, n’ayant pas accès au dessin de Richmond, réalisaient tout bonnement des copies de copies. Voici donc quelques exemples de ces variations. Certaines sont subtiles, d’autres assez étonnantes.

Charlotte Brontë, portrait attribué à George Richmond, 1850.
Charlotte Brontë, gravure par James Charles Armytage d’après le dessin original de George Richmond.
Charlotte Brontë, gravure d'après le dessin original de George Richmond. Kirklees Museums and Galleries; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Charlotte Brontë, gravure d’après le dessin original de George Richmond. Kirklees Museums and Galleries; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Charlotte Brontë, gravure par un artiste inconnu, probablement d’après la gravure de James Charles Armytage.
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs par un artiste inconnu, probablement d’après la gravure de James Charles Armytage.
Charlotte Brontë, par un artiste inconnu.
Charlotte Brontë, gravure par artiste inconnu.
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs d’Evert Augustus Duyckinck, 1873.
Charlotte Brontë par un artiste inconnu © Getty images
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs de William Jackman. Photo: Barbara Cushing/Everett Collection.
Charlotte Brontë, gravure rehaussée en couleurs de William Jackman. Photo: Barbara Cushing/Everett Collection.
Charlotte Brontë par un artiste inconnu, magazine « Life », 1er janvier 1900.
Charlotte Brontë par Charles Edmund Brock (1870-1938).
Timbre commémoratif Charlotte Brontë, 1980 © Barbara Brown
Charlotte Brontë © Gregory Manchess
Charlotte Brontë © Gregory Manchess
Charlotte Brontë © Virginie Cuvelier. Bronte Parsonage Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Charlotte Brontë © Virginie Cuvelier. Bronte Parsonage Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Un autre portrait officiel de Charlotte semble s’inspirer du dessin de Richmond. Il s’agit du portrait réalisé après la mort de l’auteure anglaise par John Hunter Thompson. Cet ami de Branwell, du temps de ses études d’art à Bradford, avait connu Charlotte de son vivant. Même si la pose du sujet est inversée par rapport à l’original de Richmond, on voit nettement l’influence de ce dernier.

Portrait posthume de Charlotte par J. H.Thompson.

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