Voyage à Haworth (2010)

Le musée Brontë © Louise Sanfaçon 2010

Avec l’automne qui colore les arbres de rouge et de jaune, je me remémore avec nostalgie mon dernier voyage à Haworth au tout début du mois de novembre 2010. Il s’agissait de mon deuxième voyage au Royaume-Uni dans le cadre de mon travail. À travers mes rendez-vous d’affaire dans les villes de Londres, Édimbourg, Stirling, Glasgow et Belfast, je me suis réservé deux petites journées de temps libre à Haworth.

Cette fois, à mon arrivée, j’ai prix un taxi plutôt que de traîner mon bagage à partir de la gare de train de Keighley jusqu’à l’arrêt d’autobus, à plusieurs coins de rues de là. Le trajet d’une dizaine de minutes en voiture m’a permis de découvrir le paysage encore verdoyant sous un autre angle, de même que les belles maisons en pierres de Keighley.

J’ai séjourné à l’hôtel-pub The Fleece Inn, juste au pied de la rue principale d’Haworth. J’en ai aimé l’ambiance chaleureuse, la petite chambre confortable et sans prétention (un lit simple, un bureau, une armoire, une minuscule salle de bain), dont la grande fenêtre donnait sur la rue avec les champs où paissaient les moutons, au loin en arrière-plan.

Ma chambre au Fleece Inn
Ma chambre au Fleece Inn
Vue de la fenêtre de ma chambre au Fleece Inn © Louise Sanfaçon 2010

Si j’en avais eu les moyens, j’aurais bien aimé occuper la suite « Brontë » du Fleece Inn, plus spacieuse, ne serait-ce que pour le nom (ce sera pour la prochaine fois !). J’ai également savouré avec plaisir le bon déjeuner typique du Yorkshire du Fleece Inn : œufs brouillés, saucisses, black pudding (boudin noir délicieux), pommes de terre, pain grillé.

Tout comme lors de mon voyage en 2006, dès mon arrivée à Haworth j’ai rangé mon bagage dans ma chambre d’hôtel et je suis sortie aussitôt pour monter la rue principale jusqu’au presbytère. Un mignon chat noir m’a escortée jusqu’à la maison des Brontë. Le musée Brontë était étonnamment vide et silencieux cet après-midi-là, une situation exceptionnelle selon la préposée à l’accueil. J’ai profité de ce moment intime en faisant lentement le tour de la maison-musée. Je me suis ensuite dirigée vers l’église St. Michael and All Angels. J’ai pris quelques minutes pour savourer le silence dans la chapelle dédiée aux Brontë. Sur la plaque commémorative d’Emily, quelqu’un avait déposé un petit bouquet de bruyère.

Même si je ne suis pas pratiquante, j’ai été émue en découvrant un arbre de prières à la sortie de l’église. Une note à proximité invitait les visiteurs à écrire une prière sur un papier et à l’accrocher à l’arbre. Les résidents d’Haworth  recueillaient ces papiers et s’engageaient à inclure ces prières à leurs oraisons personnelles. J’ai donc écrit ma prière (en anglais) sur un petit bout de papier et je l’ai accroché à l’une des branches de l’arbre. Je m’imaginais avec reconnaissance une vieille dame du village intégrant aimablement mes mots dans sa prochaine dévotion à l’église.

Arbre à prières à l’entrée de l’église St. Michael and All Angels © Louise Sanfaçon 2010

Je suis ensuite allée à la boutique de l’apothicaire où les Brontë s’approvisionnaient autrefois en médicaments, et j’ai terminé la journée par un bon repas au Stirrup (de loin le meilleur restaurant d’Haworth). La jeune et jolie serveuse, très sympathique et originaire de la région, arborait des dents supérieures en avant comme Emily et Anne Brontë.

Le soir, de la fenêtre de mon hôtel, j’ai observé les feux d’artifice. Chaque année, au début du mois de novembre, les Anglais font des feux d’artifice en mémoire de la conspiration de Guy Fawkes en 1605, qui visait à faire exploser le parlement de Westminster et le règne de Jacques 1er. À un certain moment, j’ai vu le ciel s’enflammer derrière l’une des collines de la lande. Sur une grande étendue, je voyais des flammes lécher le ciel noir. Peut-être avait-on perdu le contrôle sur l’un des feux de joie, là-bas dans la campagne ? Quoi qu’il en soit, cette grande flambée s’est éteinte peu à peu. J’entendais encore les feux d’artifice au loin lorsque je me suis endormie.

Le lendemain, sous un soleil d’automne radieux, j’ai d’abord fait un arrêt au bureau de poste pour envoyer une carte postale à un ami du Canada. J’ai écrit les mots de cette carte assise sur le vieux banc de pierre en haut de la rue principale. Je me sentais tellement bien, j’écrivais à mon ami que je ne voulais plus jamais quitter Haworth. J’ai eu ensuite une longue et agréable conversation avec le préposé des postes, un vieil homme avenant qui avait de la famille au Canada.

Ce fut ensuite une grande excursion sur la lande. Mon objectif était d’atteindre Top Withens, mais les fortes pluies des derniers jours ayant inondé plusieurs parties du trajet indiquées sur la carte, j’ai donc dû rebrousser chemin avant même d’atteindre le Brontë Bridge. Pendant cette longue marche solitaire sur les Moors, j’ai intensément réfléchi à mon existence. En contemplant le magnifique paysage sous le soleil, un paysage dont j’ai rêvé pendant tellement d’années, il m’apparaissait évident que je devais apporter des changements profonds à ma vie. Telle qu’elle était devenue, elle ne me ressemblait plus du tout. Je devais changer de cap, me réorienter, retrouver ce qui m’importait vraiment. Je me disais que les sœurs Brontë devaient avoir eut ce genre de prise de conscience elles aussi en se promenant sur la lande. C’est peut-être là que Charlotte pris la résolution de devenir écrivain et qu’Emily décida de se retirer complètement du monde pour vivre ses dernières années en ermite au presbytère.

Sur le chemin menant à la lande © Louise Sanfaçon 2010

Le dernier jour de mon séjour à Haworth, j’ai refait une brève visite au musée Brontë (cette fois très achalandé) et quelques achats à la boutique, avant de prendre la route pour l’Écosse. Dans le train frigorifique qui traversait lentement la sombre campagne du nord de l’Angleterre pour m’amener à Stirling, je me suis promis que, pour mon prochain voyage au Royaume-Uni, je viendrais pour mon plaisir et non pour le travail, et que je séjournerais minimalement au moins une semaine à Haworth.

Si je le pouvais, je retournerais chaque année à Haworth en octobre et au début du mois de novembre. Quoique, voir la bruyère mauve en fleur sur la lande en été doit être tout un spectacle… ou voir la lande sous la neige en hiver… bref, l’idéal pour mois serait de séjourner six mois par année là-bas et six mois par année ici ! Ce sera ma requête lorsque je tomberai de nouveau sur un arbre de prières…

3 commentaires sur « Voyage à Haworth (2010) »

  1. C’est un grand bonheur que de vous lire. Je suis également un fervente admiratrice des soeurs Brontë… « Jane Eyre » a longtemps été mon livre de chevet. Quelle chance vous avez de pouvoir vous rendre dans ce lieu enchanté.. je n’ai pas fini de lire votre blog mais je le ferais prochainement.

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  2. Première soirée. Haworth la nuit
    Arrivée tardive mais vite… Le Parsonage
    Et in chat
    Oscar
    Noir Et blanc
    Plein de memoirs
    J ai pensé ai chat noir de voS photos

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