Les filles de Jane (3) : Laura Willowes

Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner a été publié pour la première fois en 1926. Dès les premières pages de ce roman très «british» qui se déroule au début des années 1900, il m’apparaissait évident que l’héroïne partageait plusieurs traits de caractère avec la Jane Eyre de Charlotte Brontë, même si aucune mention à cet œuvre ne figure dans le livre de Warner.

© Felicia Olin

Laura Willowes

Tout comme Jane, Laura Willowes est éprise d’absolu et de liberté ; elle est amoureuse des livres et bien éduquée ; elle possède un physique des plus ordinaire. Célibataire, elle se voit confinée pendant des années au rôle de «tante Lolly» auprès de ses neveux et nièces, un rôle qui n’est pas sans évoquer par moments les frustrations du métier de gouvernante décrites par les sœurs Brontë dans leurs œuvres.

Et puis un jour, la fantaisie s’empara d’elle… C’était dans une petite boutique de Londres qui ne paye pas de mine, une de celles qui vend des fleurs, des fruits et des légumes dans un joyeux désordre campagnard. Laura y entre, comme poussée par une force mystérieuse, envoûtante. Et tout à coup elle oublie tout. Elle oublia la boutique, les autres clients. Elle oublia l’air de froid de l’hiver, les gens qui marchaient sur les trottoirs mouillés. Elle avait l’impression de se trouver seule dans un verger à la nuit tombante, les bras tendus vers le canevas de feuilles et de fruits, cherchant des doigts les courbes rebondies des fruits parmi les courbes sans relief des feuilles. Elle achète de magnifiques chrysanthèmes, d’un grenat profond au centre et jaune fauve à l’extérieur. Pour étoffer le bouquet, l’épicier lui offre des branches de hêtre à l’odeur de forêt bruissante et obscure.

 -D’où viennent-elles ?

-De la région des Chenies, Madame…

 C’est tout décidé, elle quitte Londres pour s’installer dans le petit village de Great Mop. Et là c’est LA révélation. Dans ce petit coin reculé d’Angleterre, le plus perdu et le plus reculé qui soit, Laura renaît à la vie, la sienne, celle de la terre, de ses odeurs, des forêts et des puissances occultes qui y sommeillent.»

Le puissant et étrange appel de la nature entendu par Laura chez l’épicier à travers cette branche de hêtre n’est pas sans évoquer celui d’Edward Rochester appelant Jane Eyre dans la vent alors qu’elle habite chez St. John Rivers ; un appel qui l’a fait retourner immédiatement à Thornfield Hall. Dans le cas de Laura Willowes, celui qui l’appelle à Great Mop est certainement tout aussi fascinant, bourru, peu commode et énigmatique que Mr Rochester : il s’agit du Diable lui-même…

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