Les filles de Jane (2) : Margaret Lea

Existe-t-il un livre qui pourrait amalgamer la grande fascination que j’ai vécu en lisant le roman Jane Eyre de Charlotte Brontë et la profonde répulsion que j’ai ressentie en lisant Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë ? Oui, un tel livre existe, il s’agit du roman Le treizième conte de Diane Setterfield, publié en 2006.

© Vanessa Bell

Margaret Lea

J’ai d’abord adoré l’héroïne du roman Le treizième conte, Margaret Lea. Nous la découvrons dans les rangées d’ouvrages rares et anciens de la petite librairie de son père, où elle passe la majeure partie de ses temps libres depuis l’enfance. Tout comme Jane, Margaret est une jeune fille ordinaire, recluse et solitaire, qui aime vivre dans les livres. Parmi ses romans favoris, elle indique dès les premières pages qu’il s’agit de Jane Eyre et des Hauts de Hurlevent de Charlotte et Emily Brontë. Elle adore également les biographies et a publié un essai universitaire sur le sujet.

J’aurais volontiers passé les 500 pages du Treizième conte dans cette librairie avec l’attachante Margaret, mais voilà qu’elle reçoit une lettre l’invitant à rédiger la vie d’une auteure célèbre et énigmatique, Vida Winter. Elle se rend donc au domicile de l’écrivaine, dans les landes du Yorkshire (le pays des sœurs Brontë), et nous voilà tout à coup happé dans les méandres d’une histoire étrange et tortueuse, aux multiples résonances brontënnes.

De Jane Eyre, nous retrouvons dans Le Treizième conte de nombreuses mentions du roman de Charlotte Brontë, mais aussi : la maltraitance, l’abandon et la solitude pendant l’enfance ; le personnage de la folle cachée au grenier ; une maison hantée puis incendiée ; une étonnante gouvernante. Des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, nous retrouvons :  le récit dans le récit ; le thème de la gémellité, entre autres avec le couple Charlie-Isabelle (qui n’est pas sans évoquer clairement celui d’Heathcliff-Cathy) ; la maison familiale, Angelfield qui, à l’instar de Hurlevent, tombe en décrépitude en reflétant la chute morale et la perversité de ses habitants ; le narrateur du roman (Margaret) qui transcrit minutieusement l’étrange histoire qui lui est racontée par Vida Winter, tout comme Mr Lockwood transcrivait le récit de Nelly Dean dans le roman d’Emily Brontë.

Plusieurs références à d’autres romans se retrouvent également dans la structure et les scènes du Treizième conte : Dans les coulisses du musée de Kate Atkinson, Les autres de Tom Tryon, Le tour d’écrou d’Henry James, La femme en blanc de Wilkie Collins…

Une semaine seulement après sa publication, Le treizième conte se retrouvait numéro 1 des best-sellers du New York Times et les droits cinématographiques furent vendus à David Heyman, le producteur d’Harry Potter. Je ne partage malheureusement pas cet enthousiasme. Certaines scènes du livre ont suscité en moi autant de malaise et de dégoût que celles des Hauts de Hurlevent. La structure narrative du livre est parfois beaucoup trop alambiquée pour rien. Sans le personnage de Margaret Lea et les bribes de sa touchante histoire personnelle, relatée à travers les transcriptions du récit oppressant de Vida Winter, je crois que j’aurais vite abandonné ma lecture.

2 commentaires sur « Les filles de Jane (2) : Margaret Lea »

  1. Moi j’ai aimé les hauts de Hurlevent mais je l’avais lu adolescente et n’avait pas tout compris je l’ai relu adulte et là j’ai vraiment trouvé que ce roman disait tout de la personnalité de l’écrivaine. La nature passionnée des personnages mais jusqu’à la violence. Leur isolement et cette impossibilité d’en sortir. La condition de la femme de cette époque y est analysée jusqu’à son extrême parce qu’une femme à cette époque était sous la dépendance de son père puis de son mari. J’ai lu le treizième conte j’ai beaucoup aimé l’ambiance ce roman écrit dans le vrai style des romans du XIXème mais en effet il y a beaucoup de complexités inutiles.

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  2. Bonjour Nina !

    Je suis heureuse que, comme d’innombrables lecteurs, vous aimiez «Les Hauts de Hurlevent» d’Emily Brontë. Pour ma part, malgré plusieurs lectures du roman, je n’arrive toujours pas à m’attacher à ces personnages qui pendent des chiots et des chiens simplement pour passer leur rage (Hareton et Heathcliff). Je me demande même comment Emily, qui adorait les animaux, a fait pour s’attacher à de tels personnages. D’autre part, les multiples couches de narrateurs du roman empêchent une certaine proximité avec les protagonistes de l’histoire, ce qui pourrait me les rendre un peu plus sympathiques. La maltraitance étant un sujet sensible pour moi, je préfère donc l’approche de Jane Eyre…

    Merci pour vos commentaires !

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