Miss Symons et Jane Eyre

En écrivant son roman «La troisième Miss Symons», Flora M. Mayor apporte un écho des plus savoureux au roman de Charlotte Brontë Jane Eyre, qu’elle cite d’ailleurs à deux reprises. J’ai dégusté cette merveilleuse petite plaquette d’un trait !

«Pourquoi est-ce que les gens ne m’aiment pas ?» se demande Henrietta Symons, l’héroïne du roman. Vilain petit canard d’une famille victorienne de sept enfants, dont elle est la troisième fille, Henrietta ne possède ni la beauté, ni l’art de se faire aimer par les autres, malgré sa grande générosité et son profond désir d’aimer et d’être aimée. Au milieu de sa propre famille, Henrietta souffre d’une solitude incommensurable. «Une grande famille devrait tant être une communauté heureuse, or il arrive parfois qu’une des filles ou un des garçons ne soit rien d’autre qu’un enfant du milieu, n’ayant sa place nulle part.» (page 9). Différente de ses frères et sœurs, avec un caractère abrupt, colérique et impulsif, elle ne s’entend pas vraiment avec eux. Chaque événement de la vie d’Henrietta exacerbe son mauvais caractère et l’exclut un peu plus en éloignant d’elle les personnes qu’elle affectionne. Plus tard, alors que ses frères et sœurs sont mariés et ont des enfants, Henrietta va arpenter le monde en quête de quelque chose pour combler son manque affectif. Quel sera alors le destin de cette jeune fille caractérielle dans une société où la gent féminine se doit de montrer de la douceur, de la prévenance, de la compassion et tenir discrètement le rôle d’Ange-du-Foyer victorien ? Où les femmes n’ont d’autre porte de sortie que le mariage et la maternité ? Disséquée par un narrateur omniscient peu complaisant, son histoire est une micro tragédie, d’autant plus amère que Miss Symons est parfaitement consciente des sentiments qu’elle inspire. Avec beaucoup d’ironie et un sens étonnamment moderne du récit, Flora M. Mayor scrute ce qui fait la réussite ou l’échec d’une vie, entre le poids des circonstances extérieures et la part de la responsabilité individuelle.

Flora M. Mayor est née en Angleterre en 1872 où elle est décédée en 1932. Elle fut remarquée et éditée par Virginia Woolf. Elle est l’auteur de trois romans, de nouvelles, et de poèmes qui, mis à part La troisième Miss Symons, n’ont jusqu’à présent encore jamais été traduits en français.

La troisième Miss Symons

Éditions Joelle Losfeld / Littérature étragère, 2009

Traduit de l’anglais par Alexandra Lefebvre

2 commentaires sur « Miss Symons et Jane Eyre »

  1. Dommage qu’on ne connaisse pas beaucoup Flora M. Mayor aujourd’hui. Je ne l’ai pas encore lu ce livre mais il m’interpelle. Surtout si on y trouve des échos à Jane Eyre, en plus d’une histoire de famille. Les fratries m’intéressent toujours…

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