Les Brontë et moi

Louise et les Brontë, © Flexib White 2009
Mes amis et mes collègues le savent, je leur en parle tout le temps : les sœurs Brontë m’inspirent depuis l’enfance ! À tel point que Pierre, l’un de mes bons amis, m’a invité un jour à parler d’elles à la radio dans son émission littéraire. À tel point que Flexib White, artiste de Québec et collègue, a fait l’année dernière mon portrait (magnifique !) flanqué de sa perception toute personnelle de l’univers des sœurs Brontë.
Pourquoi suis-je si fascinée par les sœurs Brontë ? Tout d’abord, je me sens très proche d’Emily et de son amour farouche de la liberté. Je chéris d’ailleurs tout particulièrement mes propres moments de liberté où je peux me consacrer entièrement à «l’invention», comme le dit pudiquement Elizabeth Gaskell dans sa biographie de Charlotte Brontë. L’auteur de Jane Eyre l’appelait plutôt «l’imagination», mais Emily savait mieux que quiconque nommer cet état de transe onirique qui se superpose avec tant de force sur le réel : le «Dieu des Visions».

Cette incroyable faculté d’imaginer a jeté son emprise sur les Brontë dès leurs plus jeunes âges et les a hantés toute leur vie. Elle traverse tous leurs poèmes et leurs romans, en portant en elle une profonde nostalgie de l’enfance.

Un jour, dans l’essai littéraire «Il était une fois…et pour toujours» d’Alison Lurie, je suis tombée sur le chapitre dédié à l’auteur anglais Walter de la Mare. Je fus frappée par la description que donnait Lurie au sujet de la persistance de l’enfance chez cet auteur : ce texte aurait très bien pu me décrire, ou mieux encore décrire les sœurs Brontë ! Le voici, légèrement adapté pour le mettre à ma taille :

«Comme certains écrivains anglais qui composèrent des récits fantastiques (J.R.R. Tolkien, Walter de la Mare…), Louise eut une petite enfance calme et heureuse, qui prit fin trop tôt et de façon abrupte. Par conséquent, une partie d’elle-même ne quitta pas doucement et naturellement cette enfance, mais fut au contraire violement poussée à se dissimuler. Cette partie d’elle fut par là même à jamais préservée, inchangée.

Voilà pourquoi, dans nombre de ses rêves, de ses œuvres ou de ses poèmes, Louise voit le monde avec l’intensité et la prescience propres à l’enfance. Le monde intérieur de Louise est plein de mystères et d’émerveillement, préférant souvent l’intuition et la vision à la logique et la raison. Comme un poète l’a dit un jour, les enfants ne distinguent pas nettement la réalité de l’imagination : entre leurs rêves et leur réalité n’existe aucun abîme infranchissable.

Pour elle, la nature est totalement vivante et consciente, les lieux ont une personnalité forte et définie. De vieilles demeures désertées peuvent être habitées par des fantômes. Ancêtres et esprits hantent les forêts. Tout arbre, tout étang est susceptible d’avoir un esprit qui l’accompagne.

Les paysages dans les œuvres et les poèmes de Louise ont une atmosphère caractéristique de mélancolie. Dans un mélange de tristesse et d’enchantement, le paysage devient alors une métaphore de la mort et de la renaissance au sein d’une Nature éternelle.»

N’est-ce pas que ce texte pourrait décrire à merveille les sœurs Brontë et leurs créations littéraires ?

Alison Lurie

Il était une fois…et pour toujours

A propos de la littérature enfantine

Traduit de l’Anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Fletcher

I.S.B.N. : 2-7436-1860-4

Éditions : Rivages

« Souvent les auteurs les plus talentueux de livres pour enfants ne ressemblent pas aux autres écrivains : au fond d’eux-mêmes, et cela leur est particulier, ils restent des enfants. Il arrive qu’on s’en rende compte de l’extérieur : ces personnes préfèrent la compagnie des enfants  celle des adultes. Ils lisent des livres pour enfants, jouent à des jeux d’enfants, et aiment se déguiser et prétendre être quelqu’un d’autre ; ils sont impulsifs, rêveurs, imaginatifs et imprévisibles. » En se penchant sur Babar, Pinocchio, Harry Potter ou Le Magicien d’Oz, Alison Lurie poursuit son analyse à la fois savante et personnelle, instructive et piquante d’un genre dont elle est spécialiste.

 

3 commentaires sur « Les Brontë et moi »

    1. Thank you Geri! I love your blog, it is full of interesting informations and pictures. I am just sorry I cannot read your texts published in your first language, and Google translation is not always very good. I hope you will be able to read mine😉

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