Byron-Albë / Elbë-Heathcliff…

Lord Byron peint par Elisabeth Vigée-Lebrun c1802
Lord Byron, Elisabeth Vigée-Lebrun c1802

Emily Brontë (1818-1848) avait accès à de nombreux livres dans la bibliothèque de son père, dont sans doute les écrits de Lord Byron (1788-1824) et des biographies illustrées à son sujet. A-t-elle été frappée dès son plus jeune âge par le portrait du jeune et séduisant Byron, peint par Elisabeth Vigée-Lebrun vers 1802 et reproduit dans l’un des livres concernant le célèbre poète ? J’en suis convaincue.

L’impact de la vie et des écrits de Lord Byron sur l’imaginaire d’Emily Brontë et de ses sœurs est indéniable ; plusieurs ouvrages en font état. Pour ma part, je note ici quelques corrélations explicites entre les deux auteurs.

Tout d’abord, dans le monde imaginaire de Gondal créé par Emily, l’héroïne principale se nomme «Augusta», portant ainsi le même prénom que le premier enfant du père de Lord Byron, la demi-sœur de ce dernier, avec qui il eut une relation extrêmement trouble. D’autre part, l’amant de l’héroïne d’Emily Brontë dans le monde de Gondal se nomme « Lord of Elbë » ; il est intéressant de noter que le poète Percy Shelley nommait familièrement Byron « Albë ». Du monde de Gondal aux Hauts de Hurlevent, la filiation entre les héros « Augusta-Catherine » et « Albë-Heathcliff » semble donc avoir été fortement influencée par la vie de Byron. Par ailleurs, la mère de Byron se nommait Catherine, tout comme l’héroïne de Wuthering Heights. Enfin, Byron eut une fille (1815), qu’il nomma Augusta, prolongeant dans une autre génération le nom de sa sœur bien-aimée, tel les deux Catherine du roman d’Emily.

En 1869, deux décennies après la mort d’Emily Brontë, le rapport incestueux qu’entretenait Byron avec sa sœur Augusta fut rendu public par son ex-femme (et seule épouse légitime) Anne Isabella Byron. Autre étonnante filiation entre Les Hauts de Hurlevent et la vie de Lord Byron, la malheureuse épouse d’Heathcliff dans le roman d’Emily se nomme elle aussi « Isabella » ; elle semble avoir souffert du dérèglement émotionnel d’Heathcliff autant qu’Anne Isabella Byron semble avoir souffert du comportement frivole de son célèbre mari (toujours selon son témoignage en 1869). Je me demande : comment Emily pouvait-elle avoir misé si juste au sujet des relations qu’entrenait Byron avec son épouse et sa demi-sœur et ce, plus de vingt ans avant que le scandale n’éclate au grand jour ? J’imagine que plusieurs journaux de l’époque faisaient étalage des aventures sulfureuses de Byron, avec plus ou moins de sous-entendus et ce, bien avant les révélations de l’épouse de ce dernier. D’autre part, les écrits du poète dont raffolaient les jeunes Brontë révélaient certainement, d’une manière ou d’une autre, la nature extrême de ses sentiments envers sa demi-sœur…

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