Portrait en sépia (2)

Emily, Charlotte et Anne Brontë devant le presbytère d’Haworth (collage combinant une photographie du décor du film «To Walk Invisible» et une photographie de Domowa Kostiumologia de 2014) © Louise Sanfaçon

Emily, Charlotte et Anne Brontë devant le presbytère d’Haworth (collage combinant une photographie du décor du film «To Walk Invisible» et une photographie de Domowa Kostiumologia de 2014) © Louise Sanfaçon

D’autres créations en sépia dans mon article précédent Portraits en sépia (1)

Relecture de «Villette», le chef-d’œuvre méconnu de Charlotte Brontë (2)

Après le départ de Paulina Home pour le Continent, l’héroïne de Villette, Lucy Snowe, quitte Bretton quelques années plus tard pour retourner chez ses parents, en raison d’une série de drames familiaux, au sujet desquels l’auteure nous donne un indice : Lucy est en habit de deuil. Je rappelle que tout comme son héroïne, Charlotte Brontë fut elle aussi éprouvée par la perte d’êtres chers, puisque Villette fut rédigé alors que la mort venait d’emporter (en quelques mois à peine) son frère Branwell et ses sœurs Emily et Anne.

2 Miss Marchmont florence nightingalePour subvenir à ses besoins, Lucy Snowe s’engage comme dame de compagnie auprès de Miss Marchmont, une vieille dame fortunée et percluse de rhumatisme. Après quelques mois à prendre soin de la malade dans deux pièces surchauffées, l’héroïne nous fait part d’une étrange prémonition. C’est en effet au chapitre quatre de son roman que Charlotte Brontë introduit un élément atmosphérique funeste et inquiétant, puissante métaphore de l’événement intérieur et des tourments des personnages, typique du romantisme. Il s’agit du vent d’est, annonciateur de la mort de Miss Marchmont, comme il avait annoncé auparavant à Lucy la perte de trois êtres chers (tout comme l’auteure) pour lesquels elle porte le deuil : «La bise gémissait aux fenêtres, comme elle avait gémi toute la journée, mais à mesure que tombait la nuit, elle changeait de ton : elle se lamentait amèrement, d’une manière perçante ; c’était une plainte ininterrompue, pitoyable, désolée, qui vous prenait aux nerfs et vibrait à chaque coup de vent (…) Trois fois au cours de mon existence, des événements m’avaient appris que ces étranges accents de la tempête – ce cri inquiet, désespéré – étaient les signes prémonitoires d’un état atmosphérique peu propice à la vie (…) lugubre vent d’est qui coupent la respiration : long sanglot douloureux, lamentation sans fin.» p. 461. En évoquant ce vent d’est qui «coupe la respiration», Charlotte Brontë évoquait peut-être discrètement l’agonie de son frère et de ses deux sœurs, tous atteints de tuberculose.

Avant de mourir, Miss Marchmont fit une longue confidence à Lucy Snowe. Elle lui raconta son unique amour de jeunesse, qui me rappela à certains égards la passion qu’Emily Brontë exprimait dans certains de ses poèmes : «Je ressuscite l’amour de ma vie…mon unique amour…la seule affection que j’ai eu pourrais-je dire, car je ne suis ni particulièrement bonne ni aimable. Et pourtant, moi aussi, j’ai eu mes sentiments forts, violents, concentrées sur un seul être (…) je me demande encore pourquoi il m’a été ravi.» p. 463

Le grand amour de Miss Marchmont mourut en effet en décembre, la veille de Noël, dans un accident de cheval. Ce récit me rappela le poème d’Emily Brontë de 1846 «Froid dans la terre» et ses «quinze décembres farouches». Et comme elle se décrivait elle-même «ni particulièrement bonne ni aimable», n’y a-t-il pas un peu d’Emily Brontë dans cette confidence de Miss Marchmont ?

Source : Villette, Charlotte Brontë, traduction Gaston Baccara, édition Robert Laffont 1990.

Relecture de «Villette», le chef-d’œuvre méconnu de Charlotte Brontë (1)

En l’honneur du 200e anniversaire de la naissance de l’auteure Charlotte Brontë en 2016, je replonge dans son émouvant roman Villette, publié en 1853. Lors de ma première lecture de ce récit il y a quelques années, j’en ressorti complètement pantoise, me demandant comment un si formidable roman (meilleur même que Jane Eyre, osais-je penser) pouvait rester si peu connu et reconnu ?

Rédigé alors que la mort venait d’emporter Branwell, Emily et Anne Brontë, Villette s’offre comme une glorieuse contrepartie au premier roman de Charlotte Brontë Le professeur, qui fut constamment refusé par les éditeurs du vivant de l’auteure. Tout comme Le professeur, Villette s’inspire des expériences de Charlotte Brontë lors de ses études à Bruxelles en Belgique, mais cette fois, Charlotte inversa les rôles au lieu de se cacher derrière un masque masculin, atteignant un degré d’authenticité inégalé.

Écrit au «je» comme pour le roman Jane Eyre, Villette campe d’abord un décor rassurant, avec une jolie maison dans une petite ville proprette et tranquille, Bretton, où l’héroïne du roman, Lucy Snowe (14 ans), reçoit un accueil des plus chaleureux chez sa marraine Mrs Bretton. «Pour moi, le temps s’écoulait toujours bien calmement chez ma marraine ; non pas avec une vitesse déchaînée, mais doucement, tel le glissement d’une rivière à travers une plaine. (…) j’aimais tant la paix et tenais si peu à être stimulée par un incident quelconque que, lorsqu’il advint, je le considérai plutôt comme une perturbation et regrettai presque qu’il se fût produit.»

Carl Vilhelm Holsoe

Carl Vilhelm Holsoe

Cette perturbation dont il est question concerne l’arrivée inattendue du personnage de Paulina (Polly) Home, une enfant de 6 ans réservée, fascinante et fière, «une étrange et élégante petite créature», orpheline de mère et dont le père absent est écossais. Je n’étais pas sans penser à la jeune Emily Brontë en lisant certaines scènes à son sujet, entre autres lorsqu’on y décrit sa nostalgie de sa maison et de son père : «Elle en paraissait vieillie, loin de ce monde (…) chaque fois que j’ouvrais la porte d’une chambre et trouvais l’enfant assise seule dans un coin, la tête appuyée sur sa main minuscule, cette chambre ne semblait non pas habitée, mais hantée

Plutôt que de nouer des liens avec l’héroïne Lucy Snowe ou Mrs Bretton, Paulina s’attachera à un autre personnage, le jeune Graham Bretton, adolescent de 16 à la toison rousse, qui n’hésite pas à taquiner gentiment la petite Polly dès qu’il en a l’occasion. Il évoque à certains moments le jeune Branwell Brontë.

Nous savons par le fameux interrogatoire au masque (voir l’article «Le masque») des enfants Brontë par leur père Patrick, que Branwell pouvait être taquin et qu’Emily a eu son mot à dire quant à la correction à apporter face à ce genre de comportements. Charlotte a-t-elle puisé à ses souvenirs d’enfance au sujet d’Emily et de Branwell pour ces passages entre Paulina et Graham? Elle rend ses personnages si vivants dans ses descriptions et dialogues, sans aucun doute que l’utilisation de souvenirs, tout autant que l’imagination, aura contribué à l’extraordinaire richesse des premiers chapitres de ce roman, qui précèdent l’arrivée de l’héroïne dans la ville de Villette.

Source : Villette, Charlotte Brontë, traduction Gaston Baccara, édition Robert Laffont 1990.

 

L’influence de l’artiste John Martin

John Martin - «Josué commandant au soleil de s’arrêter»

John Martin – «Josué commandant au soleil de s’arrêter»

Pendant la jeunesse des Brontë, on pouvait trouver sur les murs du presbytère de Haworth des gravures de l’artiste John Martin (1789-1854). Ces paysages bibliques, mélanges de néoclassicisme et de romantisme, contribuèrent à camper les décors du fabuleux monde imaginaire d’Angria, que les enfants Brontë inventèrent ensemble dans leur enfance. Plus précisément, trois gravures reproduisant des œuvres de John Martin, datant toutes des années 1820, ornaient les murs du presbytère de Haworth : Le festin de Balthazar, Le Déluge et Josué commandant au soleil de s’arrêter.

John Martin - «Le déluge»

John Martin – «Le déluge»

Les œuvres de John Martin mettaient le plus souvent en scène des paysages et des tableaux apocalyptiques tirés de la Bible, sa principale référence. «John Martin aimait reproduire les incendies, les éruptions de volcans et les déluges. Il peignait sans cesse d’immenses bâtiments d’époques antédiluviennes devant lesquels l’homme paraissait minuscule. Et il se consacrait à l’essor et au déclin des civilisations qui étaient pour lui une parabole de l’éphémère. (…) Le fantastique de ces œuvres était toujours grandiose, même si parfois il était aussi pompeux et théâtrale.» Extrait de «La peinture romantique» éditions Tashen, 1999, p. 71

John Martin - «Le festin de Balthazar»

John Martin – «Le festin de Balthazar»

Ces images montrant des palais somptueux et des foules en perditions inspirèrent sans aucun doute les nombreuses guerres du royaume d’Angria des petits Brontë, dont les premiers personnages furent inventés à partir des soldats jouets que possédait Branwell depuis juin 1826. Les magnifiques bâtiments baignés de lumière dans la gravure Josué commandant au soleil de s’arrêter auraient peut-être servi de modèle pour la Ville de verre d’Angria (Glasstown) ; l’immense place de la gravure Le festin de Balthazar auraient quant à elle pu servir de modèle pour l’un des nombreux palais d’Angria. Charlotte et Branwell, les principaux auteurs des premiers Juvenilia, connaissaient très bien ces gravures puisqu’ils réalisèrent des copies des œuvres de John Martin dans le cadre de leur apprentissage artistique.

Ce monde imaginaire des enfants Brontë atteignit rapidement un niveau de complexité étonnant, ayant sa géographie, son gouvernement, son administration, son histoire, et même ses journaux. Sans aucun doute, les œuvres de John Martin accrochées sur les murs du presbytère auront largement contribué à rendre plus tangible les décors de cet immense univers virtuel sorti de l’imagination débordante des enfants Brontë.

«To Walk Invisible» en tournage

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

Une rue de la ville de YORK au Royaume-Uni a fait un voyage dans le temps jeudi dernier, alors que la BBC filmait une scène du film «To Walk Invisible» relatant la vie des sœurs Brontë.

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

L’équipe de tournage, les chevaux et leurs attelages, des dizaines de figurants de même que les acteurs en costumes d’époque ont envahi Barker Lane dans Micklegate afin de tourner la scène où Anne et Charlotte se rendent à Londres chez Smith, Elder & Co, l’éditeur du roman Jane Eyre de Charlotte, afin de révéler leur véritable identité. Des centaines de curieux se sont rassemblés sur les lieux pour voir le tournage de la scène.

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

© Frank Dwyer

Écrit et réalisé par Sally Wainwright, le tournage de «To Walk Invisible» se déroule depuis le début du mois de mai dans les environs du Yorkshire. Le rôle d’Emily Brontë est interprété par Chloe Pirrie, Finn Atkins incarne sa sœur aînée Charlotte et Charlie Murphy joue le rôle de la plus jeune sœur Anne. Le drame de deux heures met également en vedette Jonathan Pryce dans le rôle du père des sœurs Brontë, Patrick, et leur frère Branwell sera joué par Adam Nagaitis. La sortie du film est prévue dans quelques mois.

© MCPIX

© MCPIX

© MCPIX

© MCPIX

© MCPIX

Le presbytère où ont vécu les Brontë, le cimetière et l’école du dimanche adjacents au presbytère ont également été reconstitués pour les besoins du tournage dans les environs de Haworth.

Haworth Brontescapes on Facebook

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BBC «To Walk Invisible»

BBC «To Walk Invisible»

Brontë Parsonage / Twitter

Brontë Parsonage / Twitter

 

Portrait à l’américaine

Emily, Charlotte et Anne par © Louise Sanfaçon, d’après Jacques Guillaume Lucien Amans (1801–1888)

Chères lectrices, chers lecteurs,

Ces derniers mois, j’ai délaissé quelque peu mon cher blogue dédié aux sœurs Brontë en raison d’événements de toutes sortes qui se sont succédés dans ma vie et qui m’ont beaucoup accaparée. Heureusement, les festivités du 200e anniversaire de naissance de Charlotte Brontë alimentent régulièrement les journaux et le web depuis le début du mois d’avril, pour le plus grand plaisir des internautes et des admirateurs des trois écrivaines.

Il y a bien sûr beaucoup d’activités à Haworth en ce moment (le village natal des sœurs Brontë en Angleterre), mais plusieurs célébrations sont aussi organisées ailleurs dans le monde, comme par exemple en Irlande, en Italie, en Belgique et en Australie. Nous ne sommes pas en reste de l’autre côté de l’Atlantique, puisqu’une exposition d’artefacts du musées Brontë est actuellement présentée à New York. Autre exemple d’activité nord-américaine, une célébration victorienne en l’honneur de Charlotte Brontë aura lieu cet après-midi même à la Central Milwaukee Public Library dans le Wisconsin.

Sur les planches, les adaptations des romans ou de la biographie des trois sœurs permettent aux amateurs de découvrir ces auteures à travers le théâtre ou la comédie musicale. Ainsi, depuis le 21 avril et jusqu’au 4 juin 2016, une nouvelle production de Jane Eyre est présentée au Hale Center Theater Orem dans le Utah au Texas, de même qu’en tournée dans d’autres régions des États-Unis.

Des films et téléséries sont également en préparation, des livres sont édités ou réédités en grand nombre… Bref, pour ceux qui, comme moi, apprécient le caractère quelque peu secret et privé de l’univers des Brontë (malgré l’immense succès de leurs romans depuis le milieu du XIXe siècle), il faudra attendre encore quatre années avant de retrouver une certaine tranquillité, puisque les célébrations du bicentenaire de la naissance de Branwell Brontë en 2017, celles du bicentenaire de la naissance d’Emily Brontë en 2018 et celles du bicentenaire de la naissance d’Anne Brontë en 2020 sont déjà en préparation…

Par ailleurs, je souligne au passage une nouvelle qui m’a beaucoup enthousiasmée, en parallèle au 200e, soit la nomination de Dame Judy Dench à la présidence de la Société Brontë le 16 avril dernier. À l’âge vénérable de 81 ans, cette merveilleuse comédienne (adorée des anglais) saura contribuer par son charisme et sa renommée à la promotion des Brontë.

Pour ma part, je me passionne toujours pour la recréation des portraits des Brontë et je vous offre ici ma dernière réalisation : des reconstructions faciales et un montage à partir de trois portraits du peintre Jacques Guillaume Lucien Amans (1801–1888). Français d’origine, il a surtout œuvré à la Nouvelle-Orléans aux États-Unis dans les années 1840-1850. N’hésitez pas à partager mes montages/collages, il vous suffit simplement de toujours citer l’auteure avec le cigle ©.

Charlotte 200e 2016

Charlotte par © Louise Sanfaçon, d’après Jacques Guillaume Lucien Amans (1801–1888)

Nouveau film «Les Hauts de Hurlevent»

© Three Hedgehogs Films

© Three Hedgehogs Films

Le roman «Les Hauts de Hurlevent» d’Emily Brontë fait actuellement l’objet d’une nouvelle adaptation cinématographique par les productions Three Hedgehogs Films, avec Nina Elisaveta Abrahall à la réalisation. Le tournage a débuté le 7 février dernier dans le comté du Herefordshire en Angleterre. Heathcliff est interprété par Paul Atlas et Catherine par Sha’ori Morris. La première devrait avoir lieu le 31 décembre 2016.

Three Hedgehogs Films

Wuthering Heights film Facebook