Le grand jour des Hauts de Hurlevent

© Alex Creece
Berlin © Alex Creece

Le 16 juillet 2016 avait lieu à différents endroits à travers le monde des «foules éclair» (flash mobs) reprenant la célèbre chanson de Kate Bush, Wuthering Heights, inspirée du roman du même nom d’Emily Brontë. The Most Wuthering Heights Day Ever. Ouf !

 

 

2016

Relecture de «Villette», le chef-d’œuvre méconnu de Charlotte Brontë (5)

«Après les quelques premières leçons difficiles, données au milieu d’un péril constant et dans une atmosphère d’orage moral, au bord d’un cratère qui grondait sous mes pas et m’envoyait des étincelles et des fumées dans les yeux, ce sentiment éruptif avait semblé disparaître en ce qui me concernait.» p 502

Villette 5Ainsi Lucy Snowe, l’héroïne de Villette, se familiarise peu à peu avec l’école de madame Beck, de même qu’avec sa clientèle cosmopolite et indisciplinée. Charlotte Brontë nous livre dans ce chapitre de savoureuses réflexions au sujet de la psychologie des élèves de même que sur la gestion de classe, fruit de son expérience d’enseignante au pensionnat Héger en Belgique. «Elles sont toutes pareilles : il suffit de trois lignes additionnelles à une leçon pour qu’elles protestent, mais je ne les ai jamais vues regimber contre une blessure faite à leur amour-propre. Le peu qu’elles en possédaient avait été habitué à être comprimé, écrasé et la pression d’un talon bien ferme de les gênait pas du tout.» P. 503 Cette approche de la gestion de classe fut à tout le moins assez efficace pour mériter à Lucy Snowe de fréquents bouquets de fleurs de la part de ses élèves, bien que sa morale protestante ne fût pas aussi populaire que son enseignement.

C’est le cas entre autres avec mademoiselle Ginevra Fanshawe, qui réapparait dans le roman à titre d’élève au pensionnat de madame Beck, cette fois courtisée par un amoureux transi surnommé «Isidore» (donnant son nom au chapitre). Lucy Snowe désapprouve le comportement coquet, égoïste et volage de la jolie jeune fille, alors que cette dernière la considère comme une amie et l’appelle affectueusement «Chère Grogneuse, Hargneuse, Vieux Diogène ou Mère la Sagesse».

Source : Villette, Charlotte Brontë, traduction Gaston Baccara, édition Robert Laffont 1990.

2016

Le nombre trois – Lettre aux demoiselles Brontë

Sculpture de bronze dans le jardin du musée Brontë à Haworth, représentant les trois sœurs Brontë, par l’artiste Jocelyn Horner
Sculpture de bronze dans le jardin du musée Brontë à Haworth, représentant les trois sœurs Brontë, par l’artiste Jocelyn Horner

Mesdemoiselles Brontë,

L’année 2016 marque le 200e anniversaire de la naissance de Charlotte avec de nombreuses activités un peu partout dans le monde et, surtout, à Haworth. La tranquillité à laquelle aspirait si puissamment Emily est depuis longtemps perturbée par le flot de touristes qui envahit votre petit village pendant l’été, débarquant de pays lointains comme le Japon, l’Australie ou le Canada. Gondal et le presbytère assiégés d’individus venus d’ailleurs et parlant des langues inconnues : comme cela aurait chamboulé votre quotidien et stimulé votre imaginaire !

Et que penseriez-vous de tous ces mythes que vos admirateurs entretiennent avec tant de ferveur à votre sujet depuis vos disparitions prématurées ? Comme si une étrange magie vous entourait, car vous étiez trois, comme les trois branches en spiral du triskèle représentant la triple déesse celtique Brighid, faisant elle-même partie de la trinité des déesses celtiques avec Boann et Cerridwen ; comme les antiques trois Parques filant au rouet du Temps le destin des Humains ; comme les trois principes des alchimistes que sont le Soufre, le Mercure et le Sel ; comme les trois têtes de la déesse grecque Hécate, symbole des trois phases de l’évolution humaine (croissance, décroissance, disparition) et l’une des trois déesse de la Triade Lunaire, avec Séléné et Artémis ; comme les trois Grâces classiques, déesses du charme, de la beauté et de la créativité ; comme les trois sorcières d’Hamlet ; comme les trois âges de la femme, représentés entre autres dans les tableaux de Hans Baldung au XVIe siècle ; comme le triple joyau du Bouddhisme ; comme la notion triple du Temps (passé, présent, avenir) ; comme les trois Rois mages ou la Sainte Trinité chrétienne… comment ne pas superposer à votre histoire si singulière ces archétypes mystérieux ancrés dans notre inconscient collectif ?

Ce puissant symbolisme vous était-il parfois perceptible au fil des jours, malgré le quotidien banal imposé aux femmes de votre époque, malgré les tâches domestiques qui vous étaient dévolues et dont votre frère Branwell, s’annonçant comme le génie de la famille lorsqu’il était enfant, fut épargné ? La magie du nombre trois s’est-elle peu à peu infiltrée dans vos incessants travaux de reprisage, d’époussetage, de pétrissage du pain, de thé et d’écriture, vous propulsant finalement parmi les écrivains les plus connus dans le monde occidental ?

Une amie numérologue m’a fait remarquer que l’année 2016 contenait trois chiffres trois : 2+0+1+6=9 (3X3). Même si cette année est consacré à Charlotte, vous y êtes donc encore toutes les trois, toujours inséparables, tant dans les liens familiaux que dans la postérité littéraire. Et c’est peut-être là votre plus puissante magie…

À bientôt chères sœurs,

Louise Sanfaçon

2016

Relecture de «Villette», le chef-d’œuvre méconnu de Charlotte Brontë (4)

Une série de hasards et de rencontres mène fort heureusement l’héroïne de Villette aux portes du Pensionnat de demoiselles de madame Beck. Malgré l’heure tardive, la pragmatique et perspicace madame Beck embauche Lucy Snowe sur le champ pour s’occuper de ses enfants. Lucy est particulièrement reconnaissante envers sa bonne fortune qui l’a mené à cet emploi, alors qu’elle n’avait aucune autre option pour gagner sa vie. «Mes dévotions, ce soir-là, ne furent qu’actions de grâce : le destin m’avait aidé depuis le matin, j’avais trouvé ce que je cherchais alors que je n’osais m’y attendre. Je pouvais à peine y croire : il n’y avait pas quarante-huit heure que j’avais quitté Londres sans autre soutien que celui qui protège tous les voyageurs, sans autre perspective que celle que me faisait entrevoir un espoir plus que douteux.» p. 490

La famille Héger par Ange François, 1846
La famille Héger par Ange François, 1846

Dès les premières heures au pensionnat, Lucy Snowe découvre le caractère très particulier de madame Beck ; froide et imperturbable, en parfait contrôle de ses émotions, cette femme s’avère être en fait tout à fait déloyale, n’hésitant pas à investiguer minutieusement les affaires personnelles de Lucy, à son insu, en copiant sans scrupules les clefs de sa malle, de son écritoire et de sa boîte à ouvrage. «Surveillance et espionnage était ses mots d’ordre.» p.493

Madame Beck avait malgré tout la réputation d’être charitable. Ayant observé les dons d’enseignement de Lucy auprès de ces enfants, madame Beck offre finalement à celle-ci de donner des cours d’anglais. Elle livra donc une timide Lucy Snowe aux élèves rudes, franches et tant soit peu rebelles de l’une des classes du pensionnat.

«Après tout, le système de madame avait du bon – je dois lui rendre cette justice. Toutes les dispositions étaient prises en vue du bien-être physique de ses élèves : celles-ci n’étaient pas surchargées de besogne, les leçons étaient bien réparties et données de façon agréable et très intelligente, une marge avait été prévue pour les distractions qui maintenaient les jeunes filles en bonne santé, la nourriture était saine et abondante (…) Jamais elle ne refusait un congé, elle accordait tout le temps qu’il fallait pour le sommeil, les soins corporels, la toilette, les repas ; sa méthode, en cela, était large et salutaire, rationnelle et plus d’une directrice d’école anglaise ferait bien de l’imiter

Cette description du régime d’enseignement de madame Beck dans le roman Villette nous donne sans doute de précieux indices sur l’environnement de l’école Héger à Bruxelles où étudièrent Charlotte et Emily en 1842, et où Charlotte enseigna en 1843. Par ailleurs, le portrait acerbe que fait Charlotte de madame Beck dans son roman n’est pas sans évoquer une certaine rivalité avec madame Héger, directrice du pensionnat Héger et épouse de monsieur Héger, dont Charlotte était follement amoureuse et qui apparaît dans le roman Villette sous les traits du «cousin» de madame Beck, monsieur Paul Emmanuel.

Source : Villette, Charlotte Brontë, traduction Gaston Baccara, édition Robert Laffont 1990.

2016

Amanda White

© Amanda White
© Amanda White

Amanda White, peintre naïve, a principalement travaillé la peinture à l’acrylique, mais le collage est maintenant son médium de prédilection suite à une rencontre fortuite avec une pile de vieilles revues Vogue à côté d’une poubelle. Ses influences sont multiples, allant de sa formation en théâtre en passant par la poterie Staffordshire, les vieilles maisons, les textiles anciens, Frida Kahlo, William Blake, les romantiques anglais…

© Amanda White
© Amanda White

Elle a récemment réalisé une série de collages représentant des maisons d’écrivains, qui combine son amour des vieux bâtiments et de la littérature. Dans ces œuvres, elle souhaitait transmettre un état d’esprit, une histoire et un sens du lieu. La maison des sœurs Brontë y tient la place d’honneur, avec rien de moins que cinq tableaux. Publié sous forme de calendrier 2016 par l’éditeur américain Andrews McMeel, The Writers’ House Series Calendar 2016 est disponible chez amazon.com.

© Amanda White
© Amanda White
© Amanda White
© Amanda White
© Amanda White
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2016

 

«Les sœurs Brontë à 20 ans» – nouveau livre en français

soeurs bronte a 20 ansLe Lannionnais (France) Stéphane Labbe publie une biographie originale des jeunes sœurs Brontë qui est aussi un acte d’amour à leur génie littéraire.

Charlotte, Emily, Anne. Jane Eyre, Les Hauts de Hurle-Vent, Agnes Grey. Tout le monde sait l’apport essentiel des sœurs Brontë à l’histoire de la littérature. Mais des lectures souvent lointaines entretiennent bien des incertitudes.

Plus d’excuses : la biographie signée Stéphane Labbe est là pour nous remettre les idées en place. Et plus encore. Les sœurs Brontë à 20 ans (éditions Au Diable Vauvert) est une véritable plongée dans l’Angleterre du XIXe siècle, au village de Haworth qui vit éclore la plus belle des fratries littéraires.

Claque littéraire

Le professeur de français au lycée Bossuet à Lannion s’est fait depuis longtemps ambassadeur de littérature anglaise, il a proposé voici trois ans une nouvelle traduction de Peter Pan à L’école des loisirs.

Son attirance pour les sœurs Brontë est ancienne. C’est celle de l’adolescent qui lit Les Hauts de Hurle-Vent, « une grosse claque littéraire » qui l’a menée, avec Moby Dick de Melville, à enseigner les lettres.

Et celle du jeune homme fasciné par le film de Téchiné, Les sœurs Brontë, avec Isabelle Adjani dans le rôle d’Emily Brontë. « Je me suis dit : un jour je ferai quelque chose sur elle. À l’époque, cela restait un personnage un peu mystérieux. » Il a patiemment attendu une année sabbatique en 2015 pour mener son envie à quai.

Être biographe des Brontë relève de la gageure. Pas d’événements vraiment marquants, d’aventures, de grandes histoires d’amour dans les « existences un peu ternes » de ces filles de pasteur anglican. « Mon problème, ça a été de traiter des trois sœurs. Au départ, j’ai soumis un Emily Brontë à l’éditeur mais leurs vies sont liées, m’a-t-il rappelé. J’ai donc décidé d’entrer dans le point de vue des trois. »

Écrits d’enfance

Pour reconstruire cette histoire, Stéphane Labbe s’est appuyé sur la correspondance inédite de Charlotte, alors qu’Emily, « très sauvage, voire asociale, n’a rien laissé » hors ses romans et poèmes, l’écriture d’Anne étant « plus autobiographique ».

L’originalité est également apportée par les écrits d’enfance qui « constituent pour la fratrie Brontë un véritable laboratoire d’écriture ». De fait, il livre un regard précis sur le processus de création littéraire, l’enrichissement d’un style, l’évolution de techniques d’écriture.

Mises en veille

Ces textes de jeunesse sont « étonnants et mériteraient d’être tous publiés. Elles ont vraiment créé une sorte de monde parallèle. Charlotte y écrit de 10 à 22 ans. C’est très élaboré, on a un peu l’impression de lire de la fantasy. C’est dû au fait aussi que ces gamins sont solitaires, leur statut social les empêchait d’être amis avec les paysans du coin. »

Un vrai travail a été nécessaire pour « trouver une explication à des phénomènes étranges » et tordre le cou à des spéculations hasardeuses d’autres biographes.

Le livre recèle aussi en creux une observation de la place de la femme dans la société du XIXe. Ou comment une famille, un père surtout, mise tout sur la carrière du frère, Branwell, au détriment de l’épanouissement artistique de ses sœurs. « Elles sont mises en veille par la société et la famille. »

Mais Branwell l’inconstant déçoit et sombre. L’ambition des trois sœurs finit par émerger, avec la publication de romans parmi les plus marquants du siècle. Si Agnes Grey lorgne du côté de Jane Austen, Jane Eyre reprend les codes du roman gothique mais sa prise de position féministe lui donne une dimension particulière.

Stéphane Labbe ne cache pas son admiration pour l’œuvre d’Emily : « C’est un auteur d’une grande modernité, avec un univers complètement fantasmé. Elle annonce le surréalisme. C’était une mystique, cela se ressent. C’était déroutant pour l’époque. J’ai un élan de sympathie pour ces jeunes femmes qui ont contribué à moderniser la littérature. Elles ont lutté contre un destin imposé qu’elles ont réussi à braver. »

L’auteur restitue très bien l’atmosphère particulière des « moors », ces collines désolées du Yorkshire. En visite sur les lieux une première fois, accompagné de sa fille Laura, le Lannionnais y est retourné seul l’an dernier.

Brontë Society

« Je me suis documenté à la bibliothèque du musée, j’ai visité tous les lieux où elles ont vécu. Quand tu te retrouves à Haworth, sur cette lande balayée par les vents, aride, où les fermes sont totalement isolées, tu comprends la tonalité des romans, ce côté rude des Hauts de Hurle-Vent, la violence des rapports humains. »

Avec émotion, il a pu feuilleter les petits carnets de jeunesse des sœurs, dans le vieux presbytère familial devenu musée… Car Stéphane Labbe est désormais membre de la Brontë Society, qui contribue à préserver l’héritage de la fratrie.

Par cette biographie, qui vient d’être traduite en chinois, il y apporte une jolie contribution. Qui donne une furieuse envie de relire Charlotte, Emily et Anne.

Par Philippe Gestin / Le Trégor

2016

«To Walk Invisible» – Tournage sur la rue principale

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Suite aux aménagements sur les façades des maisons de la rue principale de Haworth pour les besoins du film «To Walk invisible», voici quelques photos du tournage avec les actrices incarnant Anne, Charlotte et Emily Brontë.

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2016