Un téléfilm de la BBC sur la vie des Brontës

© Lee Avison / Trevillion Images

© Lee Avison / Trevillion Images

La vie tourmentée de la famille Brontë sera révélée au petit écran dans une toute nouvelle adaptation de la BBC, écrite et réalisée par l’auteure de la populaire télésérie Le dernier tango à Halifax, Sally Wainwright.

To Walk Invisible: the Brontë Sisters sera filmé dans le Yorkshire, où ont vécu les plus célèbres écrivaines de la littérature anglaise. Le téléfilm explorera la relation entre le frère Branwell, ses sœurs et leur père d’origine irlandaise, qui a encouragé ses enfants  ̶  filles et garçon  ̶  à devenir des passionnés de littérature. Il mettra plus particulièrement l’accent sur les relations de plus en plus difficile entre Charlotte, Emily, Anne et leur frère Branwell dans les trois dernières années de sa vie, alors qu’il sombre dans l’alcoolisme et la toxicomanie.

«Les sœurs Brontë ont toujours été énigmatiques, mais cette brillante adaptation de la BBC nous montre la vie des écrivaines derrière certains de leurs plus grands chefs-d’œuvre littéraires», a déclaré Charlotte Moore, directrice de la programmation à BBC One. «Il s’agit de l’histoire extraordinaire et tragique de ces femmes, de leur passion et de leur détermination à voir leur génie reconnu dans le monde patriarcal du 19e siècle

La distribution des rôles n’a pas encore été annoncée pour cette dramatique offrant un point de vue original sur les sœurs Brontë.

Manguel & Brontë

Petite fille lisant-photographe inconnuEn relisant le fascinant essai Une histoire de la lecture d’Alberto Manguel publié en 1996, plus précisément le chapitre traitant du puissant pouvoir d’évasion que nous offrent les livres, j’ai retrouvé avec bonheur un bref extrait au sujet des sœurs Brontë :

«La romancière Anita Desai, que sa famille appelait, dans son enfance, ‘ lese ratte ’ ou rat lecteur, un rat de bibliothèque, se rappelle comment, lorsqu’elle découvrit à neuf ans Les Hauts de Hurlevent, son univers personnel, ‘’un bungalow de la vieille ville de Delhi, avec ses vérandas, ses murs enduits de plâtre, ses ventilateurs aux plafonds, son jardin planté de papayers et de goyaviers pleins de perroquets stridents, la poussière granuleuse qui se déposait sur les pages d’un livre avant qu’on ait le temps de les tourner, tout cela s’estompa. Ce qui était devenu réel, d’une réalité éblouissante, par le pouvoir et la magie de la plume d’Emily Brontë, c’était les landes du Yorkshire, la bruyère battue par l’orage, les tourments de ses habitants errant angoissés sous la pluie et le grésil, en lançant du fond de leurs cœurs brisés des appels auxquels seuls répondaient des fantômes.’’ Les mots écrits par Emily Brontë pour décrire une jeune fille en Angleterre en 1847 servaient à illuminer une jeune fille en Inde en 1946. » pp. 247-248

Ce témoignage me rappela l’effet similaire que m’avait procuré la lecture du roman Jane Eyre de Charlotte Brontë, vers l’âge de 11 ou 12 ans. Mon univers d’alors s’évanouit dernière un rideau de brume fraîche sur la lande anglaise, derrière les belles tentures épaisses du manoir de Thornfield, alors que la voix feutrée de Charlotte Brontë chuchotait à mon âme «tu n’es pas seule à souffrir, je comprends ce que tu ressens». Je fus alors happée dans son monde secret, solitaire et silencieux, comme si enfin une main secourable avait jailli du néant pour m’extirper de ma réalité douloureuse, permettant à mon âme de s’épanouir, en toute liberté, dans les vastes paysages du Yorkshire, de se régénérer en respirant à pleins poumons ses antiques vents d’orage.

Toujours dans l’essai de Manguel, une deuxième et dernière évocation des Brontë à la page 269 révèle d’autre part cet effet particulier que peuvent avoir les romans de femmes sur les autres femmes qui les lisent : «…les œuvres de Marguerite de Navarre, La Princesse de Clèves de madame de La Fayette et les romans des sœurs Brontë et de Jane Austen doivent beaucoup à la lecture de la littérature sentimentale. Comme le fait remarquer la critique anglaise Kate Flint, la lecture de ces romans n’offrait pas seulement à la lectrice l’occasion ‘’de se réfugier dans la passivité induite par l’opium de la fiction. De façon bien plus intéressante, elle lui permettait de prendre conscience de sa personnalité et de savoir qu’elle n’était pas seule à le faire.’’ Dès les temps les plus reculés, les lectrices ont trouvé des moyens de subvertir le matériau que la société plaçait sur leurs étagères.»

SUBVERSIF, voilà le mot qui caractérise bien l’effet que les  sœurs Brontë ont eu sur moi !

Retour d’un précieux artefact au Musée Brontë

Table de la salle à dîner de la famille Brontë, de retour au musée du presbytère à Haworth.

Table de la salle à dîner de la famille Brontë, de retour au musée du presbytère à Haworth.

La table originale de la salle à dîner de la famille Brontë, sur laquelle les célèbres sœurs ont écrit la majorité de leurs poèmes et de leurs romans, s’ajoute depuis janvier 2015 à la collection du Musée Brontë d’Haworth. La Société Brontë a en effet bénéficié d’une généreuse subvention de £ 580,000 du Fonds commémoratif du patrimoine national (NHMF) afin d’acquérir cet artefact majeur de la littérature anglaise du XIXe siècle.

Après la mort de Patrick Brontë en 1861, cette table avait été vendue à des collectionneurs privés avec d’autres effets personnels de la famille. Répertoriée #154 parmi les objets du catalogue de vente de l’époque, elle fut acquise par M. Ogden pour la somme de £ 1-11-0. Les Ogdens l’ont ensuite vendue à une autre famille, au sein de laquelle elle fut transmise en héritage de génération en génération, jusqu’à ce que le Musée Brontë puisse en faire l’acquisition.

Cette table aura été au centre de la vie domestique des Brontë pendant toute leur vie à Haworth ; elle porte d’ailleurs les marques de son utilisation quotidienne, avec ses taches d’encre, un grand cerne de brûlure de bougie en son centre, une petite lettre «E» sculptée dans sa surface et, en dessous de la table, des marques de propriété, peut-être de la main du mari de Charlotte Brontë, Arthur Bell Nicholls.

Déménagement de la table en janvier 2015, dans des conditions météorologiques difficiles.

Déménagement de la table en janvier 2015, dans des conditions météorologiques difficiles.

La table fut brièvement de retour au presbytère en 1997 dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la publication du roman Jane Eyre de Charlotte Brontë. Aujourd’hui, elle a enfin retrouvé son cadre d’origine de façon permanente, au milieu de la salle à dîner du presbytère, pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Noël avec les Brontë – Lettre à Southey

© Mark Davis

© Mark Davis

Pendant la période des Fêtes en 1836, les enfants Brontë se retrouvent réunis au presbytère d’Haworth avec leur père et leur tante, après avoir vécu chacun de leur côté quelques expériences décevantes. D’une part, Branwell revint bredouille de son voyage à Londres, où il devait vraisemblablement entrer à la Royal Academy afin de devenir peintre. D’autre part, Emily ne supporta guère d’être éloignée de la maison plus de trois mois pendant ses études au pensionnat Roe Head, duquel elle revint très malade. Enfin, Charlotte raconta dans ses lettres à son amie Ellen Nussey combien sa première expérience d’institutrice à Roe Head fut pour elle particulièrement éprouvante.

Les carrières de peintre ou de gouvernante ne semblant plus être des options à leur portée, les Brontë reconsidérèrent leur première ambition : la littérature. Depuis les sagas et les petits journaux de leur enfance, les Brontë n’avaient en effet jamais cessé d’écrire.

Branwell fut le premier à solliciter un avis extérieur afin de déterminer si sa plume pourrait lui permettre d’en vivre. Il écrivit au Blackwood’s Magazine et au poète William Wordsworth, desquels il ne reçut aucune réponse. Le 29 décembre, Charlotte écrivit à son tour, cette fois au poète Robert Southey, lui soumettant quelques-uns de ses poèmes (cette lettre ne sera malheureusement pas conservée par Southey). Les vacances des Fêtes s’achevèrent sans que Charlotte reçu une réponse du célèbre poète. Elle retourna donc enseigner à Roe Head.

Ce n’est que trois mois plus tard, au début du mois de mars 1837, que la lettre de Southey arriva enfin. Bien qu’il concéda que Charlotte possédait un réel talent pour l’écriture, le poète la découragea de poursuivre dans cette voie de façon professionnelle, en soutenant que «la littérature ne peut et ne doit pas être l’objet essentiel de la vie d’une femme.» Bouleversée, Charlotte lui répondit le 16 mars :

«…À la première lecture de votre lettre, je n’ai éprouvé que honte et regret d’avoir ainsi osé vous importuner par mes effusions excessives. Une pénible rougeur a envahi mon visage en pensant aux rames de papier que j’avais couvertes avec ce qui, autrefois, faisait mes délices, mais n’est plus, aujourd’hui, que source d’humiliation. Cependant, après avoir réfléchi quelque peu, lu et relu votre lettre, tout s’est éclairé. Vous ne m’interdisez pas d’écrire, ni ne me dites que ce que j’écris est totalement dépourvu de valeur. Vous me mettez seulement en garde contre la folie de négliger mes devoirs pour rechercher les plaisirs de l’imagination ; d’écrire par amour de la gloire… Je sais que ma première lettre était dépourvue de sens du commencement à la fin ; mais je ne suis pas tout à fait la personne oisive et rêveuse qu’elle semble évoquer…Une fois de plus, veuillez me permettre de vous remercier en vous exprimant ma sincère gratitude. Je pense que je n’aurai plus jamais l’ambition de voir mon nom imprimé. S’il m’arrivait d’éprouver encore ce désir je lirais la lettre de Southey, et il s’évanouirait. »

Heureusement pour nous, Charlotte n’a finalement pas suivi le conseil de Southey, ni cédé à sa résolution de ne jamais voir son nom imprimé, sans quoi nous n’aurions jamais eu le bonheur de lire les poèmes de sa sœur Emily (publiés à l’initiative de Charlotte pour la première fois en 1845, soit 10 ans après la lettre de Southey) ou ses merveilleux romans Jane Eyre (1847) et Villette (1853).

Poème d’Anne Brontë «Musique le matin de Noël»

pd447637[1]La musique, je l’aime — mais jamais accords ne parvinrent à susciter ravissements aussi divins, à apaiser ainsi le chagrin, à surmonter ainsi la peine, et à réveiller ce cœur pensif qui est le mien, — comme ceux que nous entendons le matin de Noël, charriés par la brise hivernales.

Malgré que les Ténèbres gardent toujours leur empire, et qu’il doive se passer des heures avant que la matinée ne finisse ; cette musique, aimablement, nous commande de rester éveillés, loin des rêves troublés ou des sommeils profonds : de sa voix d’ange, elle nous appelle à nous réveiller, à l’adorer, et à nous réjouir.

Anne Brontë, non daté (extraits), traduction Davy Pernet, éditions Fougerousse, 2009.

Noël avec les Brontë – La poupée de Jane Eyre

Inconnu, école américaine, XIXe siècle

Inconnu, école américaine, XIXe siècle

Dans les premiers chapitres du roman Jane Eyre, l’héroïne de Charlotte Brontë témoigne des mauvais traitements auxquels elle a été confrontée pendant son enfance. Au quatrième chapitre, l’épisode racontant les Fêtes de Noël est particulièrement triste, alors que la petite Jane, âgée de dix ans, se retrouve complètement exclue et isolée.

«Noël et le Nouvel an avait été célébrés à Gateshead avec l’éclat habituel de ces fêtes ; des cadeaux avaient été échangés, des dîners et des soirées avaient été données. De toutes les réjouissances j’avais été naturellement exclue : ma participation aux festivités avait consisté à contempler la toilette quotidienne d’Eliza et Georgiana, à les voir descendre au salon vêtues de robe de mousseline légère avec de larges ceintures rouges et les cheveux arrangés en savantes bouclettes ; et ensuite, à écouter monter le son du piano ou de la harpe, les allées et venues du maître d’hôtel et du valet, le tintement des verres et de la porcelaine quand on passait des rafraîchissements, le murmure haché des conversations quand on ouvrait ou refermait les portes du salon. Quand je me lassais de ces occupations, je quittais le palier pour me retirer dans la chambre d’enfants silencieuse et solitaire ; et là, un peu triste, certes, je n’étais pourtant pas malheureuse. À dire le vrai, je n’avais pas le moindre désir de paraître en société, car en société il était très rare qu’on s’intéressât à moi ; et si seulement Bessie avait été gentille et sociable, j’eusse tenu pour un grand privilège de passer mes soirées tranquillement avec elle, plutôt que sous le redoutable regard de Mme Reed, dans une pièce pleine de belles dames et de beaux messieurs. Mais Bessie, dès qu’elle avait fini d’habiller ses jeunes maîtresses, se déplaçait vers la région plus animée de la cuisine et de la chambre de l’intendante, emportant généralement la bougie avec elle. Je restais alors assise avec ma poupée sur les genoux, jusqu’au moment où le feu baissait, non sans jeter de temps à autre un regard à la ronde pour m’assurer qu’aucun être plus dangereux que moi ne hantait la pénombre de la pièce ; puis, quand il ne restait plus que des braises rouges sombres, je me dépêchais de me déshabiller en tirant tant que bien que mal sur les nœuds et les cordons, et je cherchais dans mon petit lit un refuge contre le froid et l’obscurité. Dans ce lit j’emportais toujours ma poupée ; les êtres humains ont besoin d’aimer et, faute d’objet plus digne de mon affection, je parvenais à me réjouir d’aimer et de chérir cette idole défraîchie, déguenillée comme un épouvantail en miniature. Je suis étonnée aujourd’hui quand j’évoque l’absurde sincérité de ma folle tendresse pour ce petit jouet, que j’arrivais presque à croire vivant et capable d’éprouver des sensations. Je ne pouvais pas m’endormir si la poupée n’était pas enveloppée dans ma chemine de nuit ; mais, quand elle y était, bien au chaud et en sécurité, j’étais relativement heureuse, car je la croyais heureuse, elle aussiJane Eyre, chapitre IV, traduction de Sylvère Monod, édition Garnier, 1966.

Charlotte Brontë utilise différents stratagèmes littéraires pour nous mettre d’emblée du côté de sa jeune héroïne. Écrit au «je», le roman nous expose dès les toutes premières pages les nombreux sévices que subit la petite Jane au sein de la famille de ses cousins, les Reed. Enfant solitaire et résiliente face à l’hostilité de sa famille adoptive, possédant une nature sensible mais aussi une grande force intérieure, Jane fera preuve de beaucoup de courage et d’un sens aigu de la justice, ce qui l’amènera finalement à se rebeller contre la tyrannie des Reed. Elle refusera toujours d’être une victime et, à l’âge adulte, cette rébellion se transformera en indépendance. Bien que consciente des circonstances difficiles et peu enviables de son destin, Jane ne baissera jamais les bras devant l’adversité.

Dans un judicieux effet de miroir temporel, Charlotte Brontë fera revivre à son héroïne devenue adulte une situation semblable à ce funeste Noël des premiers chapitres. Alors qu’elle est employée à Thornfield Hall comme gouvernante pour une véritable «poupée vivante», la petite Adèle Rochester, Jane se sent de nouveau à l’écart lorsque le maître des lieux revient d’un voyage avec un groupe d’invités. Monsieur Rochester insiste pour que Jane assiste à leurs fêtes ; bien qu’elle lui obéit par amour (elle préfèrerait se retirer, comme quand elle était enfant), elle restera en retrait, dans un coin, pour les observer de loin. Parmi ces invités, la belle et riche Blanche Ingram, de même que sa mère, traitent la jeune gouvernante avec mépris et n’hésite pas à la remettre à sa place, faisant écho à l’attitude des Reed. Heureusement cette fois, d’étranges circonstances inattendues rapprocheront Jane de son employeur, brisant l’isolement de Jane et lui permettant de connaître enfin l’amour. Mais si, dans le Noël de son enfance, Jane jetait un regard à la ronde pour s’assurer qu’aucun fantôme ne hantait la pénombre de la pièce, elle sera maintenant confrontée un être invisible et effrayant hantant les couloirs de Thornfield Hall…

Noël avec les Brontë – Gâteau aux épices du Yorkshire

© Lavender and Lovage

© Lavender and Lovage

Pendant la période des Fêtes, Charlotte Brontë utilisait une recette semblable à celle-ci pour fabriquer des gâteaux aux épices, qu’elle distribuait auprès des paroissiens d’Haworth.

Ce met traditionnel du Yorkshire, remontant au Moyen-Âge, était cuisiné dans tous les foyers pour être offert aux invités ou en cadeaux.

 

-2 livres (907 grammes) de farine

-1/2 livre (226 grammes) de beurre

-1 livres (453 grammes) de raisin de Corinthe

-1/2 livres (226 grammes) de raisins secs Sultana

-1/2 livre (226 grammes) de sucre brun ou cassonade

-4 œufs

-1/4 livres (113 grammes) de zest d’orange et de citron confits, en dés

-1 oz (28 g) de levure

-1 demi-noix de muscade

-1 cuillère à thé (5 grammes) de cannelle

-2 cuillère à thé (10 grammes)  de sel

Émietter la levure dans un peu de lait réchauffé. Couvrir et laisser lever jusqu’à consistance mousseuse. Pendant ce temps, mettre la farine et deux cuillères à thé de sel dans un bol chaud. Incorporer le beurre, puis ajouter la levure et le reste du lait tiède. Mélanger. Couvrir d’un linge propre et laisser lever à température ambiante pendant 20 minutes.

Une fois levée, pétrir la pâte comme vous le feriez pour de la pâte à pain. Plus vous pétrissez et plus le mélange sera léger. Laissez ensuite reposer pendant une heure de plus pour laisser le mélange lever encore un peu.

Mélanger les fruits secs et les œufs et ajouter au mélange. Mélangez bien avec vos mains. Couvrir et laisser lever pendant une autre heure.

Prenez deux moules à gâteau et en remplir les deux tiers de la hauteur avec le mélange. Cuire au four pendant 1 heure (ou jusqu’à ce qu’un couteau en ressorte propre) dans un four modéré (environ 320°F ou 160°C). Laissez le gâteau refroidir et retirer du moule. Servir avec du fromage.

Bon appétit !