Noël chez les Brontë

Comment les sœurs Brontë fêtaient-elles Noël ? La réponse est simple : nous ne le savons pas. Nous pouvons concevoir qu’aller à l’église le 25 décembre était bien sûr obligatoire pour les filles du révérend Patrick Brontë. Cependant, en dehors d’un poème d’Anne célébrant la musique du matin de Noël, de même qu’une mention d’Elisabeth Gaskell concernant un gâteau aux épices que Charlotte et son mari auraient reçu d’un vieux paroissien, les biographies des Brontë sont remarquablement silencieuses au sujet de cette célébration.

Haworth © Mark Davis

Haworth © Mark Davis

L’experte mondiale des Brontë, Dr Juliet Barker, mentionne également que la volumineuse correspondance des célèbres écrivaines ne comporte que de très rares mentions concernant la Fête de Noël. L’une d’elles, datée de 1854, évoque Charlotte et son mari distribuant de l’argent auprès de paroissiens démunis.

Comment cela s’explique-t-il ? Il est difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au début du XIXe siècle, la fête de Noël était peu célébrée. Beaucoup de commerces ne considéraient même pas ce jour comme férié. Toutefois, à la fin du siècle (peu après la disparition des sœurs Brontë), Noël était devenu le plus grand événement annuel de l’empire britannique en prenant la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Queen Victoria Christmas tree 1848 London NewsOn attribue ce changement à la reine Victoria et à son époux, le prince Albert, d’origine allemande. Celui-ci aurait introduit quelques-uns des aspects les plus importants des traditions de Noël que nous célébrons encore aujourd’hui, dont le fameux sapin décoré dans la maison. En 1848 (année de la mort d’Emily Brontë), le journal London News publiait d’ailleurs un dessin de la famille royale fêtant autour d’un sapin décoré. Bientôt, tous les foyers de la Grande-Bretagne arboraient un arbre orné de bougies, de bonbons, de fruits, de décorations artisanales et de petits cadeaux.

Avant Victoria et Albert, l’échange de cadeaux se faisait habituellement au Nouvel An, mais cette tradition fut déplacée à Noël pendant leur règne. Initialement, les cadeaux étaient plutôt modestes — des fruits, des noix, des bonbons et de petits objets faits à la main. Ceux-ci étaient généralement accrochés dans le sapin de Noël. Cependant, comme l’échange de cadeaux était au cœur du Noël victorien, les cadeaux devinrent plus importants et se déplacèrent sous l’arbre.

Si les chants de Noël n’étaient pas nouveaux à l’époque, ils furent activement renouvelés et popularisés par les Victoriens. La première grande collection de chants de Noël fut publiée en 1833. Il en va de même pour le festin de Noël, qui commence à vraiment prendre forme au XIXe siècle. La fameuse dinde rôtie a ainsi connu ses débuts en Grande-Bretagne à l’ère victorienne. Auparavant, d’autres formes de viande rôtie, comme le boeuf et l’oie, se retrouvaient sur la table de Noël. Sans oublier les tartes de viande hachée (Minced roast beef) ou aux fruits secs (Mince pies) et le fameux Plum Pudding ou Christmas Pudding, qui connurent leur apogée à cette époque.

Les romans des Brontë suggèrent que les écrivaines possédaient une bonne connaissance de ces festivités. Dans Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë fait mention d’une oie à la sauce aux pommes pour le dîner de Noël, de même que des chants et des danses à l’arrivée des invités. Dans Jane Eyre, Charlotte Brontë évoque les préparatifs en prévision du retour des cousins de Jane à Moor House pour le temps des Fêtes : nettoyage de la maison de fonds en combles, allumage des feux  dans la cheminée de chaque pièce, préparation rituelle des gâteaux et des tartelettes de Noël.

Livre Brontë ChristmasLe livre «The Brontës Christmas » de Maria Hubert publié en 1997 aux éditions Sutton nous permet de connaître un peu mieux les traditions liées à la fête de Noël au temps des Brontë. Il contient des extraits des romans des trois sœurs, des illustrations et des témoignages d’écrivains contemporains des Brontë comme Wordsworth et Thackeray. On y trouve également des textes sur les traditions spécifiques du Yorkshire dans le temps des Fêtes (extraits).

Au Québec, notre héritage anglo-saxon depuis la Conquête de 1763 se retrouve encore dans nos célébrations du temps des Fêtes. Le sapin décoré, les cadeaux, les chants et les danses traditionnels font maintenant partie de notre identité. Le parfois mal-aimé gâteau aux fruits évoque le Christmas Pudding, nos savoureux pâtés à la viande, tourtières et cipailles dérivent des Minced roast beef dont raffolait Victoria, et notre fameuse dinde aux ataca (mot iroquois pour « canneberge ») évoque l’oie à la sauce aux pommes dont parle Emily dans Les Hauts de Hurlevent. Si la coutume victorienne d’envoyer des cartes de Noël s’est perdue aujourd’hui, elle était encore très présente chez nous avant la Révolution Tranquille. Bref, nous ne sommes pas si loin des Brontë en cette belle période de réjouissance.

Je souhaite à tous mes lecteurs

un excellent temps des Fêtes

et une merveilleuse année 2013

remplie de paix, de santé et de joie !

© Steve Swiss - Flickr

Haworth © Steve Swiss – Flickr

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