The Brilliant Brontë Sisters

La série de documentaires intitulée "Perspectives" de la chaîne britannique ITV proposait en 2013 un documentaire (en anglais) sur les sœurs Brontë réalisé par Gareth Williams. L’actrice Sheila Hancock anime l’émission en explorant le génie littéraire des sœurs de Brontë et de leur frère Branwell. De Haworth à Bruxelles, en passant par Scarborough, le documentaire présente les lieux où ont vécu les célèbres écrivaines en établissant des liens entre leurs vies et leurs œuvres. Avec les spécialistes Juliet Barker, Ann Dinsdale et Lyndall Gordon.

Poème d’Emily Brontë « La nuit autour de moi »

Top Withens © Elliot Young

Top Withens © Elliot Young

La nuit autour de moi se fait plus obscure,

Les vents sauvages soufflent, plus froids,

Mais un charme tout puissant me lie,

Et partir, partir, je ne le peux.

Les arbres géants abaissent

Leurs branches nues, pesantes de neige,

Et la tempête va grande erre,

Et cependant je ne puis partir.

Nuages au-delà, nuages au-dessus de moi,

Solitudes au-delà, solitudes plus bas,

Mais nulle désolation ne peut m’émouvoir,

Je ne veux pas, je ne peux pas partir.

Emily Brontë, novembre 1837

Le piano des Brontë

À droite du hall d'entrée, le bureau du père des Brontë. © Tanya & Richard - www.worldisround.com

À droite du hall d’entrée, le bureau du père des Brontë. © Tanya & Richard – http://www.worldisround.com

Le piano droit de la famille Brontë, installé dans le bureau du révérend Patrick Brontë, a été fabriqué par John Green de Soho Square, à Londres, au début du XIXe siècle. Il a été acquis par les Brontë au début des années 1830, probablement en raison du talent précoce pour la musique que montrait le jeune garçon de la famille, Branwell, alors âgé de treize ans.

Il a été vendu après le décès du dernier membre de la famille, mais il est revenu au presbytère en 1916. Considéré comme un simple meuble, il n’avait pas été joué depuis la création du musée Brontë, jusqu’à ce qu’un membre de la Brontë Society, Virginie Esson, s’est offerte en 2007 pour en payer la restauration. Grâce à son généreux don, et au patient travail de trois ans du restaurateur Ken Forrest, nous pouvons entendre de nouveau, depuis 2010, le son merveilleusement cristallin de l’instrument sous les doigts de Jamie Cullum.

Les livres de musique de la famille Brontë, qui sont conservés dans la bibliothèque du musée, comprennent des œuvres de Beethoven, Clementi, Haydn, Handel (un favori de la famille Brontë) et Robert Burns. Certaines de ces partitions sont datées et marquées avec les noms des membres de la famille. Les valses de Beethoven sont même annotées d’instructions pour le doigté, peut-être par le professeur de piano des enfants Brontë, Abraham Starsfield Sutherland, organiste de l’église paroissiale de Keighley.

Emily Brontë a été décrite comme jouant du piano «avec une grande précision et beaucoup d’éclat». Son talent a d’ailleurs justifié l’embauche du meilleur maître de musique pendant ses études à Bruxelles en 1842. Son compositeur favori était Beethoven, qui connaissait alors une grande popularité en Europe. Après son exposition aux œuvres du célèbre compositeur, la créativité d’Emily a particulièrement prospéré, pour aboutir à la rédaction de son seul roman «Les Hauts de Hurlevent», dans lequel plusieurs érudits trouvent une grande influence de la musique.

Anne, pour sa part, préférait chanter, mais elle s’accompagnait souvent au piano. Dans son livre de chansons conservé au musée Brontë, elle a transcrit 34 hymnes, des chants sacrés, des chansons folkloriques écossaises et d’autres musiques, avec les accompagnements au piano. Elle aurait constitué ce livre de chansons vers l’âge de vingt-deux ans, alors qu’elle travaillait comme gouvernante chez la famille Robinson.

Livre de chansons d'Anne Brontë

Livre de chansons d’Anne Brontë

Quant à Charlotte, elle a cessé de jouer du piano pendant son adolescence, en raison de sa myopie qui rendait la lecture des partitions particulièrement difficile. Sa passion pour la musique ne fait aucun doute cependant, puisqu’elle a  assisté à au moins un concert pendant ses études à Bruxelles et à plusieurs concerts à Keighley.

Gros plan piano Bronte

Voir aussi :

The Brontës and Music

Emily Bronte and Beethoven: Romantic Equilibrium

Emily Brontë and the Musical Matrix

Mes recherches au Portugal

Un site littéraire Portugais, Leitores Depressivos, a repris certaines de mes compilations photos des portraits des sœurs Brontë, dans son article Cinco motivos para ler: As irmãs Brontë (Cinq raisons de lire: Les Soeurs Brontë).  Merci Ana Beatriz Assumpção d’avoir référencé mon site !

Concours

bronte-sisters[1]Le Comité des publications et des conférences de la Société Brontë est heureuse d’annoncer l’ouverture d’un nouveau concours en création. Les trois catégories du concours sont les suivantes:  Nouvelle (fiction) / Poésie / Illustration. Le jury est composé de : Dame Margaret Drabble (Nouvelle), Simon Armitage (Poésie), Victoria Brookland (Illustration).

Dans la première catégorie, la nouvelle, le défi sera de créer une histoire brève autour d’un des personnages secondaires dans l’un des sept romans Brontë, par exemple, dans «Jane Eyre», la vie d’Helen Burns, avant son arrivée à l’école de Lowood. Dans la catégorie poésie, le comité cherche des réponses personnelles inhabituelles à l’un des romans ou des poèmes des Brontë. Pour la catégorie illustration, le comité cherche des illustrations en noir et blanc d’une scène spécifique, comme décrit dans l’un des romans.

Le premier prix est de £ 500, le deuxième prix est de £ 250 et le troisième prix est de £ 100. Ils seront décernés dans chaque catégorie. Frais d’inscription : 10 EUR.

Cliquez ici pour obtenir plus d’information de même que le formulaire d’inscription. Les inscriptions doivent être envoyées au  BRONTË PARSONAGE MUSEUM, HAWORTH, KEIGHLEY, BD22 8DR, West Yorkshire, England au plus tard le 31 janvier 2014. Les prix seront décernés à l’assemblée générale annuelle de la Société Brontë en Juin 2014.

Noël chez les Brontë

Comment les sœurs Brontë fêtaient-elles Noël ? La réponse est simple : nous ne le savons pas. Nous pouvons concevoir qu’aller à l’église le 25 décembre était bien sûr obligatoire pour les filles du révérend Patrick Brontë. Cependant, en dehors d’un poème d’Anne célébrant la musique du matin de Noël, de même qu’une mention d’Elisabeth Gaskell concernant un gâteau aux épices que Charlotte et son mari auraient reçu d’un vieux paroissien, les biographies des Brontë sont remarquablement silencieuses au sujet de cette célébration.

Haworth © Mark Davis

Haworth © Mark Davis

L’experte mondiale des Brontë, Dr Juliet Barker, mentionne également que la volumineuse correspondance des célèbres écrivaines ne comporte que de très rares mentions concernant la Fête de Noël. L’une d’elles, datée de 1854, évoque Charlotte et son mari distribuant de l’argent auprès de paroissiens démunis.

Comment cela s’explique-t-il ? Il est difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au début du XIXe siècle, la fête de Noël était peu célébrée. Beaucoup de commerces ne considéraient même pas ce jour comme férié. Toutefois, à la fin du siècle (peu après la disparition des sœurs Brontë), Noël était devenu le plus grand événement annuel de l’empire britannique en prenant la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Queen Victoria Christmas tree 1848 London NewsOn attribue ce changement à la reine Victoria et à son époux, le prince Albert, d’origine allemande. Celui-ci aurait introduit quelques-uns des aspects les plus importants des traditions de Noël que nous célébrons encore aujourd’hui, dont le fameux sapin décoré dans la maison. En 1848 (année de la mort d’Emily Brontë), le journal London News publiait d’ailleurs un dessin de la famille royale fêtant autour d’un sapin décoré. Bientôt, tous les foyers de la Grande-Bretagne arboraient un arbre orné de bougies, de bonbons, de fruits, de décorations artisanales et de petits cadeaux.

Avant Victoria et Albert, l’échange de cadeaux se faisait habituellement au Nouvel An, mais cette tradition fut déplacée à Noël pendant leur règne. Initialement, les cadeaux étaient plutôt modestes — des fruits, des noix, des bonbons et de petits objets faits à la main. Ceux-ci étaient généralement accrochés dans le sapin de Noël. Cependant, comme l’échange de cadeaux était au cœur du Noël victorien, les cadeaux devinrent plus importants et se déplacèrent sous l’arbre.

Si les chants de Noël n’étaient pas nouveaux à l’époque, ils furent activement renouvelés et popularisés par les Victoriens. La première grande collection de chants de Noël fut publiée en 1833. Il en va de même pour le festin de Noël, qui commence à vraiment prendre forme au XIXe siècle. La fameuse dinde rôtie a ainsi connu ses débuts en Grande-Bretagne à l’ère victorienne. Auparavant, d’autres formes de viande rôtie, comme le boeuf et l’oie, se retrouvaient sur la table de Noël. Sans oublier les tartes de viande hachée (Minced roast beef) ou aux fruits secs (Mince pies) et le fameux Plum Pudding ou Christmas Pudding, qui connurent leur apogée à cette époque.

Les romans des Brontë suggèrent que les écrivaines possédaient une bonne connaissance de ces festivités. Dans Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë fait mention d’une oie à la sauce aux pommes pour le dîner de Noël, de même que des chants et des danses à l’arrivée des invités. Dans Jane Eyre, Charlotte Brontë évoque les préparatifs en prévision du retour des cousins de Jane à Moor House pour le temps des Fêtes : nettoyage de la maison de fonds en combles, allumage des feux  dans la cheminée de chaque pièce, préparation rituelle des gâteaux et des tartelettes de Noël.

Livre Brontë ChristmasLe livre «The Brontës Christmas » de Maria Hubert publié en 1997 aux éditions Sutton nous permet de connaître un peu mieux les traditions liées à la fête de Noël au temps des Brontë. Il contient des extraits des romans des trois sœurs, des illustrations et des témoignages d’écrivains contemporains des Brontë comme Wordsworth et Thackeray. On y trouve également des textes sur les traditions spécifiques du Yorkshire dans le temps des Fêtes (extraits).

Au Québec, notre héritage anglo-saxon depuis la Conquête de 1763 se retrouve encore dans nos célébrations du temps des Fêtes. Le sapin décoré, les cadeaux, les chants et les danses traditionnels font maintenant partie de notre identité. Le parfois mal-aimé gâteau aux fruits évoque le Christmas Pudding, nos savoureux pâtés à la viande, tourtières et cipailles dérivent des Minced roast beef dont raffolait Victoria, et notre fameuse dinde aux ataca (mot iroquois pour « canneberge ») évoque l’oie à la sauce aux pommes dont parle Emily dans Les Hauts de Hurlevent. Si la coutume victorienne d’envoyer des cartes de Noël s’est perdue aujourd’hui, elle était encore très présente chez nous avant la Révolution Tranquille. Bref, nous ne sommes pas si loin des Brontë en cette belle période de réjouissance.

Je souhaite à tous mes lecteurs

un excellent temps des Fêtes

et une merveilleuse année 2013

remplie de paix, de santé et de joie !

© Steve Swiss - Flickr

Haworth © Steve Swiss – Flickr

Les filles de Jane (4) : Hélène

Couverture Jane le renard et moi« Impossible de se promener aujourd’hui ». C’est avec cette première phrase, empruntée au roman Jane Eyre de Charlotte Brontë, que s’ouvre l’émouvante bande dessinée Jane, le renard et moi d’Isabelle Arsenault (illustratrice) et Fanny Britt (auteure et traductrice), parue cet automne aux éditions La Pastèque.

L’histoire de Jane, le renard et moi se déploie comme un extrait du journal intime d’Hélène, une adolescente d’aujourd’hui victime d’intimidation à l’école. En référence au roman de Charlotte Brontë, Hélène emprunte son prénom à Helen Burns, la jeune amie de Jane Eyre qui décède tragiquement de la tuberculose dans les premiers chapitres du roman.

Tout en nuances de gris, les illustrations au crayon graphite de Jane, le renard et moi évoquent l’univers solitaire et déprimé d’Hélène. «Je trouvais que les esquisses au crayon à mine, avec leur côté sale et terne, allaient bien avec la fragilité de quelqu’un qui n’a pas encore déterminé sa place dans la vie » expliquait Isabelle Arsenault en entrevue pour le Journal La Presse.

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

Hélène, au-delà des insultes et de la méchanceté de ses camarades de classe, trouve du réconfort et un espace où elle peu respirer librement dans le roman de Charlotte Brontë, dont les extraits sont illustrés par des pages en couleurs dans l’œuvre d’Arsenault et Britt. Jane donne du courage à Hélène, car l’héroïne de la romancière victorienne a connu elle aussi les affres de l’intimidation et de la violence verbale dans son enfance. Elle aussi se trouvait laide et ordinaire,  mais elle a su se faire un chemin dans la vie et trouver l’affection et l’amour.

Hélène apporte son roman Jane Eyre lors d’une redoutable sortie d’immersion anglaise organisée par l’école dans un camp de vacances. Si les insultes et l’ostracisme de ses camarades se poursuivent de plus belle, une série d’événements inattendus, dont la rencontre d’un attendrissant renard, transforme positivement la vie d’Hélène et brise son isolement.

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

© Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque 2012

Jane, le renard et moi  parle « de l’expérience humaine de l’enfance, du moment d’éclatement où la perte de l’innocence coïncide avec la quête identitaire, du désir d’invalider le regard que portent les autres sur nous. » L’illustratrice Isabelle Arsenault a d’ailleurs volontairement fait d’Hélène un personnage visuellement neutre. «Nous ne voulions pas tronquer la lecture. Parce que, dans le cas de l’intimidation, au-delà du jugement des autres, se trouve la perception que nous avons de nous-mêmes» expliquait Fanny Britt dans une entrevue pour le Journal de Montréal.

L’auteure n’a pas hésité à révéler également que Jane, le renard et moi était une œuvre autobiographique. Tout comme le roman  Jane Eyre, sous-titré par Charlotte Brontë « une autobiographie », la bande dessinée puise littéralement dans l’expérience de l’auteure. Et tout comme Jane Eyre, ce témoignage sincère, pudique et sans artifice, ancré dans des souvenirs douloureux, parvient à toucher profondément tous ceux et celles qui ont connu la violence et l’intimidation dans leur jeunesse.

« C’est une histoire que je porte depuis vingt-cinq ans. Jane Eyre était pour moi un modèle d’indépendance. J’y vois un discours féministe de la part de Charlotte Brontë, qui parle d’un accomplissement en dehors de l’apparence. Mon roman raconte l’histoire d’un dur apprentissage, de trouver sa voix, une force, un courage. L’héroïne, comme moi, le trouve dans la littérature, qui m’a aidée à me projeter dans le grand monde. » confiait l’auteure à la revue Le Libraire.

Isabelle Arsenault et Fanny Britt

Isabelle Arsenault et Fanny Britt

Fanny Britt est originaire d’Amos en Abitibi et a grandi à Montréal. Après sa sortie de l’École nationale de théâtre du Canada en écriture dramatique, en 2001, elle se met à la traduction et à l’écriture. Elle a également fait plusieurs incursions dans le théâtre jeune public.

Isabelle Arsenault est une illustratrice formée en Design graphique à l’Université du Québec à Montréal (2001). En 2004, elle illustre son premier livre pour enfants Le coeur de Monsieur Gauguin qui remporte le prestigieux Prix du Gouverneur général dans la catégorie « illustration jeunesse de langue française ». Elle a également été finaliste à deux reprises pour les Prix GG avec My Letter to the World et Migrant et finaliste en 2011 pour le prix Marilyn Baillie pour Spork. Son livre Migrant se retrouvait parmi la liste des 10 meilleurs livres illustrés de l’année 2011 du New York Times.  En 2012, elle remporte son deuxième Prix Littéraire du Gouverneur Général pour les illustrations du livre Virginia Wolf ainsi que le Prix jeunesse des libraires du Québec pour Fourchon.

La Pastèque est une maison d’édition québécoise, mise sur pied par Frédéric Gauthier et Martin Brault en 1998. Plus de 100 titres ont été publiés à ce jour. Jane, le renard et moi connaîtra une diffusion dans la sphère anglophone, grâce à une entente signée entre l’éditeur québécois La Pastèque et Groundwood Books